Marchenko appelle l'UE à utiliser les avoirs russes gelés pour combler le déficit de 2027
Le ministre ukrainien des Finances Serhiy Marchenko a demandé à Bruxelles que l'Union européenne utilise les avoirs russes gelés pour couvrir les besoins financiers et militaires de l'Ukraine en 2027. Il chiffre le déficit de financement cumulé à environ 78 milliards de dollars si les alliés n'augmentent pas leurs contributions, et prévient que le budget 2027 sera le plus difficile depuis le début de l'invasion à grande échelle.
L'essentiel
- Marchenko chiffre le déficit cumulé à environ 78 milliards de dollars (68,77 milliards d'euros) si les contributions alliées n'augmentent pas.
- Le besoin de financement extérieur pour 2027 est de 52,6 milliards de dollars, dont environ 20 milliards sont garantis, laissant un trou de 32,6 milliards.
- Environ 45 milliards de dollars de dépenses de défense supplémentaires n'ont pas de financement garanti par les partenaires.
- Quelque 210 milliards d'euros d'avoirs de la Banque centrale russe sont gelés dans l'UE, principalement chez Euroclear en Belgique.
- L'UE s'est entendue sur un prêt de 90 milliards d'euros adossé à une dette commune, mais sa mise en œuvre est ralentie par le rythme des réformes à la Verkhovna Rada.
- La précédente proposition de la Commission européenne de crédit sans intérêt adossé aux avoirs russes a été rejetée lors d'un sommet de l'UE en décembre, la Belgique étant le principal opposant.
Pourquoi c’est important
L'Ukraine fait face à un déficit de financement cumulé d'environ 78 milliards de dollars si les alliés n'accroissent pas leurs contributions, dont 52,6 milliards pour 2027 et quelque 45 milliards de dépenses de défense sans financement garanti. Environ 210 milliards d'euros d'avoirs de la Banque centrale russe restent gelés dans l'UE, principalement chez Euroclear en Belgique. Le précédent essai de les utiliser pour un crédit sans intérêt a échoué au sommet de décembre, la Belgique ayant constitué une majorité contre le projet.
Ce qui s’est passé
Le ministre ukrainien des Finances Serhiy Marchenko a rencontré à Bruxelles des donateurs internationaux et des institutions financières pour présenter ses calculs. Il a exhorté l'UE à recourir aux quelque 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés — dont la majorité est détenue par Euroclear en Belgique — afin de couvrir les besoins financiers et militaires de l'Ukraine en 2027. Il a qualifié cette approche de pratique et équitable pour financer les dépenses exceptionnelles de guerre. À défaut, a-t-il averti, le déficit cumulé pourrait atteindre environ 78 milliards de dollars. Comme alternative, les dirigeants de l'UE se sont entendus sur un prêt de 90 milliards d'euros adossé à une dette commune, dont la mise en œuvre est toutefois ralentie par le rythme insuffisant des réformes à la Verkhovna Rada. La commissaire européenne à l'Élargissement Marta Kos a insisté, lors d'une conférence de donateurs mardi, sur la nécessité pour l'Ukraine de mener à bien les réformes convenues.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
La couverture ukrainienne, portée notamment par ZN.UA et NV, met l'accent sur l'appel du ministre des Finances et sur sa description des avoirs russes gelés comme un instrument à la fois pratique et politiquement urgent. Elle reconnaît le prêt de 90 milliards d'euros comme bienvenu mais insuffisant face à un déficit projeté de 78 milliards de dollars, et présente 2027 comme l'année budgétaire la plus difficile depuis le début de l'invasion à grande échelle. Les sources ukrainiennes soulignent les consultations en cours avec l'UE et le FMI et appellent à une action européenne « courageuse » et « audacieuse ».
Là où les récits divergent
Les sources divergent sur la ventilation annuelle du prêt européen de 90 milliards : un fait indique 45 milliards d'euros par an pour 2026 et 2027, un autre mentionne 45 millions d'euros par an. Au sein de l'UE, les positions sur l'utilisation des avoirs russes gelés sont partagées : la Suède, les Pays-Bas, l'Espagne, la Pologne et les États baltes soutiennent un nouveau mécanisme, tandis que la Belgique, l'Italie et la France se montrent sceptiques ou opposées. Une tension existe entre la demande ukrainienne de financements supplémentaires et l'insistance de la Commission européenne à privilégier le décaissement du prêt de 90 milliards déjà approuvé, conditionné aux réformes à la Verkhovna Rada.
Contexte
Les avoirs de la Banque centrale russe ont été gelés après février 2022 et ont depuis généré environ 8 milliards d'euros de profits extraordinaires pour l'UE, dont 1,4 milliard signalé par la Commission européenne en août. Face à l'échec de la proposition de crédit sans intérêt adossé à ces avoirs lors du sommet de décembre, les dirigeants de l'UE ont approuvé un prêt de rechange de 90 milliards d'euros adossé à une dette commune, réparti entre 2026 et 2027. Le décaissement de ce prêt est ralenti par le rythme insuffisant des réformes à la Verkhovna Rada. En septembre, 123 députés européens ont appelé le Conseil de l'UE et la Commission européenne à reprendre les discussions sur l'utilisation de plus de 200 milliards d'euros d'avoirs russes gelés au profit de l'Ukraine.