Le procureur général Kravchenko signe des soupçons contre le directeur du NABU, Zelensky exige son licenciement
Dans une vidéo diffusée le 14 septembre, le procureur général ukrainien Ruslan Kravchenko a annoncé avoir signé des avis de suspicion à l'encontre du directeur du NABU Semen Kryvonos et d'une personne proche du chef du SAPO Oleksandr Klymenko. Le président Volodymyr Zelensky a réagi en demandant que la Rada soutienne sans délai la démission de Kravchenko, qui avait été déposée le 7 septembre. NABU, SAPO et Kryvonos lui-même affirment qu'aucune suspicion ne lui a été officiellement notifiée.
L'essentiel
- Kravchenko a annoncé le 14 septembre avoir signé un avis de suspicion contre le directeur du NABU Semen Kryvonos, notamment pour falsification de documents officiels en vue d'obtenir un avantage illicite et adoption fictive
- Un deuxième avis de suspicion vise une personne proche du chef du SAPO Oleksandr Klymenko, pour influence présumée sur des juges de la Haute Cour anti-corruption et aide à l'évasion de la mobilisation
- Kravchenko avait remis sa démission le 7 septembre ; la Rada ne l'a pas encore votée
- Le président Zelensky a demandé aux députés de soutenir immédiatement le licenciement de Kravchenko
- NABU, SAPO et Kryvonos affirment qu'aucune suspicion ne lui a été officiellement notifiée ; Kravchenko et le parquet général affirment le contraire
- Kravchenko a confirmé se trouver en déplacement officiel à l'étranger et vouloir informer des partenaires internationaux de l'état du système anti-corruption ukrainien
- Selon des sources citées par Ukrainska Pravda, Kravchenko aurait traversé la frontière dans la nuit du 14 septembre vers 02 h 30 à bord d'un véhicule de service
Pourquoi c’est important
L'épisode ouvre un conflit ouvert au sommet de l'appareil d'État ukrainien entre le parquet général et les organes anti-corruption indépendants (NABU et SAPO). En réclamant publiquement et sans délai le licenciement de Kravchenko, le président Zelensky place la question devant la Rada et prend position sur l'indépendance de ces structures. Le statut du directeur du NABU est directement contesté, et les circonstances du départ à l'étranger du procureur général, la nuit même des annonces, soulèvent des interrogations sur les conditions de sa sortie de fonction et sur la manière dont l'opération « Carthage » est interprétée.
Ce qui s’est passé
Le 14 septembre, dans une vidéo publiée le matin, le procureur général Ruslan Kravchenko a annoncé avoir signé un avis de suspicion à l'encontre du directeur du NABU (National Anti-Corruption Bureau of Ukraine), Semen Kryvonos. Selon lui, Kryvonos est suspecté de falsification de documents officiels en vue d'obtenir un avantage illicite en montant particulièrement élevé et d'adoption fictive afin de créer artificiellement des motifs d'irresponsabilité devant un tribunal. Kravchenko a également annoncé un deuxième avis de suspicion visant une personne proche du chef du SAPO (Specialized Anti-Corruption Prosecutor's Office), Oleksandr Klymenko, pour influence présumée sur des juges de la Haute Cour anti-corruption (HACC), proposition d'avantage illicite et aide à l'évasion de la mobilisation. Le nom de cette personne a été caviardé dans les documents publiés au registre unifié des enquêtes.
Kravchenko a affirmé que ces soupçons constituent le « déclencheur et la véritable cause » de l'opération « Carthage », présentée par le NABU et le SAPO le 4 septembre. Selon lui, la véritable finalité de cette opération était d'accéder à des dossiers protégés concernant les dirigeants et employés du NABU et du SAPO, puis de l'écarter et de bloquer les décisions procédurales dans ces affaires. Il a déclaré que, lors de perquisitions au parquet général, des représentants du NABU et du SAPO avaient eu accès à des dossiers protégés et que des documents ainsi que des données électroniques avaient été copiés et volés. Il a ajouté que le parquet général assure la direction procédurale de dizaines d'enquêtes sur des crimes graves et particulièrement graves impliquant des agents du NABU et du SAPO, avec plus de 100 personnes interrogées et un volume important de pièces issues d'actes d'enquête clandestins.
Kravchenko a en outre déclaré que le président Zelensky l'avait jusque-là « politiquement retenu » de signer ces suspicions et que des représentants des organes anti-corruption lui avaient proposé des garanties d'immunité en échange d'un retrait. Il a conseillé à Kryvonos et Klymenko de démissionner pour ne pas entraîner leurs institutions dans un conflit personnel.
Le président Volodymyr Zelensky a réagi en déclarant que le procureur général n'a qu'une seule voie : son licenciement, et en demandant aux parlementaires de soutenir sans délai la démission de Kravchenko, déposée le 7 septembre et toujours pas votée par la Rada.
Le NABU et le SAPO ont répondu qu'aucune suspicion n'avait été officiellement notifiée au directeur du NABU au moment de leur prise de parole et ont qualifié les actes de Kravchenko de poursuite d'une attaque systématique contre les organes anti-corruption indépendants, débutée l'été précédent. Semen Kryvonos a lui-même déclaré que la suspicion ne lui avait pas été notifiée et que l'affaire était fabriquée.
Kravchenko a confirmé se trouver en déplacement officiel à l'étranger et vouloir informer des partenaires internationaux de l'état du système anti-corruption ukrainien. Des sources citées par Ukrainska Pravda affirment qu'il a traversé la frontière dans la nuit du 14 septembre vers 02 h 30 à bord d'un véhicule de service, dans le cadre d'un déplacement officiel en Lituanie.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les médias ukrainiens着重 présent l'affrontement entre le parquet général et les organes anti-corruption indépendants (NABU et SAPO), installant le récit d'un conflit ouvert au sommet de l'appareil judiciaire. La couverture着重 les allégations de Kravchenko selon lesquelles l'opération « Carthage » visait en réalité à saisir des dossiers protégés et à l'écarter, ainsi que la riposte immédiate du président Zelensky appelant à son licenciement sans délai par la Rada. Les médias着重 également suivi le départ nocturne de Kravchenko à l'étranger et les récits concurrents (déplacement officiel selon lui, négociation avec la présidence selon des commentateurs anti-corruption comme le Centre d'action anti-corruption, ЦПК), tout en relayant la contre-position de Kryvonos, qui qualifie l'affaire de fabriquée et affirme n'avoir reçu aucune notification officielle.
Là où les récits divergent
Trois divergences principales ressortent des sources. Premièrement, sur la question de la notification officielle de la suspicion à Kryvonos : Kravchenko et le parquet général affirment qu'elle a été signée et inscrite au registre unifié des enquêtes (ERDR), tandis que le NABU, le SAPO et Kryvonos lui-même affirment qu'aucune suspicion ne lui avait été officiellement notifiée au moment de leurs déclarations. Deuxièmement, sur le rôle du président : Kravchenko soutient que Zelensky l'a « politiquement retenu » de signer ces suspicions, alors que la réponse de Zelensky présente au contraire les actes de Kravchenko comme le déclencheur exigeant son licenciement. Troisièmement, sur les circonstances du départ de Kravchenko à l'étranger : celui-ci le présente comme un déplacement officiel en Lituanie destiné à informer des partenaires internationaux, tandis que le Centre d'action anti-corruption (ЦПК) et d'autres commentateurs affirment que cette sortie n'a été possible qu'avec l'accord de Zelensky, en échange, selon eux, de la signature de la suspicion contre Kryvonos.
Contexte
L'épisode s'inscrit dans la séquence ouverte par l'opération « Carthage » annoncée le 4 septembre par le NABU et le SAPO. Selon cette opération, une organisation criminelle dirigée par un responsable du parquet général — identifié dans la presse comme Serhiy Kropyva, chef adjoint du département de la coopération juridique internationale — aurait « couvert » un réseau de centres d'appels frauduleux et blanchi des avoirs. Cinq personnes ont reçu une suspicion au titre des articles 255 (création et direction d'une organisation criminelle) et 209 (blanchiment) du code pénal ukrainien. La Haute Cour anti-corruption a placé Kropyva en détention avec une caution alternative de 120 millions de hryvnia, puis a placé en détention sa compagne et d'autres suspects avec des cautions également élevées. Kravchenko avait publiquement nié toute implication dans le « couverture » de centres d'appels illégaux et déclaré n'avoir donné aucune instruction en ce sens. Il avait annoncé sa démission le 7 septembre. Selon la presse, le président Zelensky avait rencontré Kravchenko et le chef de la faction « Serviteur du peuple », Davyd Arakhamia, pour décider de son maintien ou non en fonction le même jour.