La première vice-procureure générale Mariya Vdovychenko quitte ses fonctions après le scandale « Opération Carthage »
La première vice-procureure générale d'Ukraine, Mariya Vdovychenko, a quitté ses fonctions, confirmée le 9 septembre par l'Office du procureur général. Son départ survient deux jours après la démission du procureur général Rouslan Kravtchenko, lui-même poussé vers la sortie par le scandale de « l'Opération Carthage », une enquête du NABU et du SAPO ayant exposé un réseau présumé de protection de centres d'appels frauduleux au sein même de la direction du Parquet.
L'essentiel
- Le 9 septembre, l'Office du procureur général a confirmé le départ de Mariya Vdovychenko, première vice-procureure générale, le 8 septembre étant son dernier jour de travail.
- Vdovychenko avait soumis une lettre de démission ; un arrêté de révocation aurait également été signé, et elle ne figure plus parmi les dirigeants sur le site de l'institution.
- Son nom apparaît dans les matériaux de « l'Opération Carthage » du NABU et du SAPO ; des perquisitions chez elle auraient permis de trouver des documents suggérant une surveillance des dirigeants des organes anti-corruption.
- Le 7 septembre, le procureur général Rouslan Kravtchenko a présenté sa démission, deux jours après l'annonce par le NABU et le SAPO de l'opération ayant démantelé une organisation criminelle au sein de la direction du Parquet.
- Selon des sources de Liga.net citées dans le dossier, le président Zelensky aurait demandé à Kravtchenko de démissionner.
- Le 6 septembre, la Haute Cour anti-corruption (HACC) a placé en détention Serhiy Kropyva, organisateur présumé du schéma, avec une caution alternative de 120 millions UAH ; sa compagne et son chauffeur ont également été écroués.
- Cinq personnes ont été notifiées de suspicions sous les articles 255 (organisation criminelle) et 209 (blanchiment) du Code pénal ukrainien, encourant jusqu'à 15 ans de prison.
Pourquoi c’est important
Le départ simultané du procureur général et de sa première adjointe place l'Office du procureur général ukrainien dans une transition de direction exceptionnelle, au moment même où une enquête anti-corruption d'ampleur le met en cause. Si les soupçons de surveillance des dirigeants du NABU et du SAPO se confirment, l'affaire représenterait une atteinte grave à l'indépendance des organes anti-corruption. Au-delà du cas individuel, « l'Opération Carthage » met au jour un système présumé de corruption au plus haut niveau du Parquet, avec des pots-de-vins versés pour protéger des centres d'appels ayant escroqué des citoyens ukrainiens et étrangers.
Ce qui s’est passé
Mariya Vdovychenko, première vice-procureure générale d'Ukraine, a quitté ses fonctions, a confirmé le 9 septembre Mariana Haiovska-Kovbasiuk, cheffe du département politique d'information et communication de l'Office du procureur général. Selon les informations disponibles, son dernier jour de travail était le 8 septembre. L'intéressée avait soumis une lettre de démission, et un arrêté de révocation aurait été signé ; son nom ne figure plus parmi les dirigeants du Parquet sur le site de l'institution.
Ce départ intervient deux jours après la démission du procureur général Rouslan Kravtchenko, annoncée le 7 septembre. Les deux démissions s'inscrivent dans le sillage de « l'Opération Carthage », dévoilée le 4 septembre par le NABU (Bureau national anti-corruption) et le SAPO (Procureur spécialisé anti-corruption) : selon l'enquête, une organisation criminelle dirigée par un responsable d'une division de l'Office du procureur général — créée mi-2025 — aurait systématiquement reçu des pots-de-vins de centres d'appels frauduleux et blanchi les produits de ces activités. Serhiy Kropyva, chef adjoint du Département de la coopération internationale, est identifié comme l'organisateur présumé du schéma. Le 6 septembre, la Haute Cour anti-corruption (HACC) a ordonné sa détention avec une caution alternative de 120 millions UAH ; sa compagne Yelyzaveta Ivakhnenko (caution de 20 millions UAH) et son chauffeur Serhiy Kutsyi (caution de 3 millions UAH) ont également été placés en détention. Cinq personnes ont été notifiées de suspicions sous les articles 255 (organisation criminelle) et 209 (blanchiment) du Code pénal ukrainien, passibles de 15 ans de prison.
Le NABU et le SAPO ont mené des perquisitions au domicile et dans les bureaux du procureur général Kravtchenko, de sa première adjointe Vdovychenko et du chef de l'Administration régionale d'Odessa, Oleh Kiper. Selon des sources citées dans le dossier, les perquisitions chez Vdovychenko auraient mis au jour des documents susceptibles d'indiquer une surveillance des dirigeants des organes anti-corruption, de leurs familles et de leurs subordonnés. Kravtchenko a publié une déclaration le 6 septembre niant tout lien avec le schéma de protection des centres d'appels, suspendu le fonctionnaire mis en cause et ordonné la préparation d'une décision de licenciement, un audit du Département de la coopération internationale et de l'unité de lutte contre la cybercriminalité, ainsi que des examens polygraphiques pour les employés concernés.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les huit sources du dossier sont ukrainiennes (agence et médias en langue ukrainienne), ce qui limite la comparaison de cadrages à un cadre national. La couverture ukrainienne met au centre l'effondrement institutionnel à la tête du Parquet, liant directement le départ de Vdovychenko à « l'Opération Carthage » et à la démission de Kravtchenko. Les titres insistent sur le récit anti-corruption — NABU et SAPO enquêtant sur des magistrats de haut niveau — et sur les conséquences en chaîne (audiences de la HACC, révocations à la procureure régionale de Tcherkassy où la sœur de Kropyva et son mari ont été limogés). Les médias rapportent aussi la contre-offre institutionnelle du Parquet, qui conteste la légalité des perquisitions nocturnes du NABU, comme un signal de friction entre les organes.
Là où les récits divergent
Les sources divergent sur la nature exacte du départ de Vdovychenko : certaines la présentent comme démissionnaire (lettre de démission), d'autres comme révoquée par un arrêté signé, sans que la formulation employée par les articles permette de trancher clairement entre départ volontaire et renvoi.
Le statut de Kravtchenko fait l'objet d'un traitement similaire : sa démission le 7 septembre est confirmée, mais des sources de Liga.net affirment que le président Zelensky lui aurait demandé de démissionner, ce que d'autres articles ne mentionnent pas et que les informations disponibles ne permettent pas de confirmer de manière indépendante.
Enfin, l'implication juridique exacte de Vdovychenko dans « l'Opération Carthage » reste imprécise : son nom apparaît dans les matériaux de l'affaire et des perquisitions ont été menées chez elle, mais aucune notification formelle de suspicion n'est enregistrée à son encontre dans les faits disponibles, laissant son statut procédural ambigu.
Contexte
« L'Opération Carthage » a été annoncée le 4 septembre par le NABU et le SAPO : selon l'enquête, une organisation criminelle créée mi-2025 par un responsable d'une division de l'Office du procureur général aurait systématiquement perçu des pots-de-vins de centres d'appels frauduleux et blanchi les produits de leurs escroqueries visant des citoyens ukrainiens et étrangers. Cinq personnes ont été notifiées de soupçons pour organisation criminelle et blanchiment, avec des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans. Le 6 septembre, la Haute Cour anti-corruption (HACC) a ordonné la détention de Serhiy Kropyva, présenté comme l'organisateur du schéma, avec une caution alternative de 120 millions UAH. Sa sœur, Viktoriya Dydych, et son beau-frère Oleksandr Dydych, hauts responsables de la procureure régionale de Tcherkassy, ont été limogés et apparaîtraient dans les enregistrements de l'opération. Le 7 septembre, le procureur général Rouslan Kravtchenko a annoncé sa démission ; le même jour, selon des informations de presse, le président Zelensky l'a rencontré avec le chef de la faction parlementaire « Serviteur du peuple » Davyd Arakhamia pour décider de son maintien en fonction. Une enquête de Bihus.Info a par ailleurs signalé une maison d'environ 300 m² à Kozyn, susceptible d'avoir été utilisée par Kravtchenko, enregistrée début 2026 au nom d'une femme de 73 ans ne figurant pas parmi ses proches dans sa déclaration.