Le parlement ukrainien révoque le procureur général Rouslan Kravtchenko
La Verkhovna Rada a révoqué le procureur général Rouslan Kravtchenko par 317 voix contre aucune, le lendemain de la suspension prononcée par le président Volodymyr Zelensky. La révocation intervient après des semaines de confrontation entre le parquet et les organes anticorruption NABU et SAP, déclenchées par l'opération « Carthage ».
L'essentiel
- Vote du 15 septembre : 317 députés pour la révocation, aucun contre ni abstention.
- Le président Zelensky avait suspendu Kravtchenko de ses fonctions le 14 septembre par décret, invoquant la loi sur le régime juridique de l'état de guerre.
- Le 14 septembre, Kravtchenko avait annoncé avoir signé un avis de suspicion à l'encontre du directeur du NABU Semen Kryvonos, ce que Kryvonos et le parquet affirment ne pas avoir reçu.
- Le NABU et le SAP ont qualifié les agissements de Kravtchenko de « poursuite d'une attaque systématique contre les organes anticorruption indépendants ».
- Kravtchenko n'était pas présent lors du vote : il avait quitté le pays la veille sous prétexte d'un voyage d'affaires de cinq jours à Paris.
- L'opération « Carthage » avait conduit début septembre à la mise en détention du responsable du parquet Serhiy Kropyva avec une caution alternative de 120 millions de hryvnias.
- Kravtchenko avait été nommé procureur général le 17 juin 2025 ; on ne sait pas encore qui assure l'intérim à la tête du parquet.
Pourquoi c’est important
La révocation d'un procureur général nommé à peine un an plus tôt, en pleine guerre, témoigne d'une crise institutionnelle majeure au sommet du parquet ukrainien. Elle met fin à plusieurs semaines de confrontation ouverte entre le parquet général (OGP) et les organes anticorruption NABU et SAP, déclenchée par l'opération « Carthage » et la tentative de Kravtchenko d'inculper le directeur du NABU. Le vote unanime (317 contre 0) révèle un consensus parlementaire rare sur l'éviction d'un haut responsable chargé de l'application de la loi en temps de guerre. Enfin, l'absence d'intérimaire connu à la tête du parquet laisse la direction des poursuites dans une zone d'incertitude au moment même où les enquêtes anticorruption sont en cours.
Ce qui s’est passé
Le 15 septembre, la Verkhovna Rada a voté la révocation du procureur général Rouslan Kravtchenko : 317 députés ont voté pour, aucun contre, aucune abstention. La veille, le président Volodymyr Zelensky avait signé un décret suspendant Kravtchenko de ses fonctions au titre de la partie 2 de l'article 11 de la loi ukrainienne sur le régime juridique de l'état de guerre. Kravtchenko n'était pas présent lors du vote : il avait quitté l'Ukraine la nuit précédente pour un voyage d'affaires de cinq jours à Paris, officiellement pour des réunions avec des partenaires internationaux, bien que des sources médiatiques indiquent qu'il aurait prétendu participer à une session de l'APCE sans y être invité. Le 14 septembre, il avait annoncé avoir signé un avis de suspicion contre le directeur du NABU Semen Kryvonos pour falsification de documents officiels, accusation que Kryvonos a déclaré ne pas avoir reçue et que le NABU et le SAP ont qualifiée de « poursuite d'une attaque systématique contre les organes anticorruption indépendants ». On ignore qui assure l'intérim à la tête du parquet après la suspension.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les onze sources fournies sont toutes ukrainiennes (NV, Ukraïnskа Pravda, Suspilne, hromadske, Forbes Ukraine, Novynarnia, LIGA.net LB.ua, Interfax-Ukraina, LIGA.net). Le récit est exclusivement national et s'organise autour de la procédure parlementaire (décompte des voix, décret présidentiel, annonce par Arakhamia de la date du scrutin) et de l'affrontement entre Kravtchenko et les organes anticorruption NABU et SAP, incluant l'opération « Carthage » et la suspicion contre Kryvonos. Plusieurs sources accordent aussi une place importante à la dimension personnelle : le voyage de Kravtchenko à Paris, le départ d'Ukraine de son épouse Oleksandra Chovkopliass deux jours plus tôt, l'absence d'information de l'Université nationale de droit Iaroslav le Sage sur son lieu de résidence actuel, et le changement de patronyme de son FOP en Kravtchenko selon le Centre d'action anti-corruption (ЦПК).
Là où les récits divergent
Les sources divergent sur trois points. Premièrement, sur la date du vote au parlement : la majorité indique le 15 septembre, mais un fait (122256) mentionne le 15 mai. Deuxièmement, sur la réalité de la notification de la suspicion à Kryvonos : Kravtchenko affirme l'avoir signée et envoyée par Ukrposhta, tandis que Kryvonos et l'OGP déclarent qu'aucun document papier n'a été reçu ; le patron d'Ukrposhta, Ihor Smiliansky, a précisé que la lettre avait été payée en espèces et non selon la convention en vigueur avec l'OGP. Troisièmement, sur la raison invoquée par Kravtchenko pour son voyage à Paris : il a parlé de réunions avec des partenaires internationaux, alors qu'un fait rapporte qu'il aurait allégué une participation à une session de l'APCE à laquelle il n'était pas invité.
Contexte
Le 4 septembre, le NABU et le SAP avaient mené des perquisitions dans les locaux du procureur général Kravtchenko, de sa vice-procureure Mariya Vdovychenko et du chef de l'administration régionale d'Odessa Oleh Kiper, dans le cadre de l'opération « Carthage » ; l'OGP avait confirmé ces perquisitions le lendemain. Cette opération visait une organisation criminelle soupçonnée d'avoir « couvert » un réseau de centres d'appel frauduleux ; le NABU a identifié Serhiy Kropyva, chef adjoint du département de la coopération juridique internationale de l'OGP, comme l'organisateur. Le 6 septembre, la Haute Cour anticorruption (HACC) a placé Kropyva en détention avec une caution alternative de 120 millions de hryvnias ; le 7 septembre, sa partenaire de 24 ans, Yelyzaveta Ivakhnenko, a également été placée en détention avec une caution de 20 millions de hryvnias. Le 7 septembre, Kravtchenko avait annoncé avoir écrit une lettre de démission à la suite d'une rencontre avec le président. Il avait été nommé procureur général le 17 juin 2025. Selon le Centre d'action anti-corruption (ЦПК), Kravtchenko a épousé au printemps 2026 l'enseignante Oleksandra Chovkopliass, qui a officiellement changé le patronyme de son FOP en Kravtchenko ; l'Université nationale de droit Iaroslav le Sage, où elle enseigne à distance, a déclaré ne pas avoir d'information sur son lieu de résidence actuel, et selon des sources médiatiques, elle avait quitté l'Ukraine deux jours avant son mari. Des députés d'opposition ont appelé à rétablir une procédure de sélection compétitive pour le poste de procureur général et à renoncer aux « nominations politiques ».