Ukraine : le Parlement destitue le procureur général Rouslan Kravtchenko, Zelensky signe le décret
La Verkhovna Rada a voté le 15 septembre la destitution du procureur général Rouslan Kravtchenko par 317 voix, sans vote contre ni abstention. La veille, le président Volodymyr Zelensky l'avait suspendu de ses fonctions en vertu de la loi sur le régime de l'état de guerre, puis a signé le décret de révocation. Le scrutin intervient après l'escalade entre Kravtchenko et les organes anticorruption NABU et SAP, et après la démission du procureur général déposée le 7 septembre.
L'essentiel
- La Verkhovna Rada a approuvé la révocation de Rouslan Kravtchenko par 317 voix le 15 septembre ; aucun député n'a voté contre ou ne s'est abstenu.
- Le 14 septembre, le président Zelensky a suspendu Kravtchenko de ses fonctions au titre de la partie 2 de l'article 11 de la loi sur le régime juridique de l'état de guerre.
- Zelensky a ensuite signé le décret n° 932/2026 révoquant Kravtchenko de son poste de procureur général.
- Kravtchenko avait annoncé le 14 septembre avoir signé un avis de suspicion contre le directeur du NABU, Semen Kryvonos ; l'Office du procureur général a nié que la notification officielle ait été effectuée selon la procédure pénale et Kryvonos a déclaré ne pas avoir reçu de document.
- Le NABU et le SAP ont qualifié les actes de Kravtchenko de poursuite d'une attaque systémique contre les organes anticorruption indépendants.
- Le 14 septembre au soir, Kravtchenko a quitté l'Ukraine, invoquant un voyage d'affaires à l'étranger ; il n'était pas présent lors du vote au Parlement.
- L'opération « Carthage » du NABU et du SAP, menée début septembre, avait exposé une organisation criminelle au sein de l'Office du procureur général, dont le principal suspect est Serguiï Kropyva, placé en détention provisoire par la Haute Cour anticorruption.
Pourquoi c’est important
La destitution du procureur général survient alors que ses fonctions étaient déjà dans le viseur du NABU et du SAP dans le cadre de l'opération « Carthage ». Ses derniers actes à ce poste — la signature d'un avis de suspicion contre le directeur du NABU puis son départ du pays — ont porté à son paroxysme une confrontation entre l'Office du procureur général et les institutions anticorruption ukrainiennes. L'épisode place au cœur du débat l'indépendance du NABU, du SAP et de la Haute Cour anticorruption en pleine loi martiale, dans un contexte où la crédibilité de la réforme anticorruption est l'une des conditions de dizaines de milliards de dollars de financements extérieurs et des négociations d'adhésion à l'UE.
Ce qui s’est passé
Le 15 septembre, la Verkhovna Rada a approuvé la révocation du procureur général Rouslan Kravtchenko par 317 voix, sans vote contre ni abstention. La veille, le président Volodymyr Zelensky avait signé un décret suspendant Kravtchenko de ses fonctions au titre de la partie 2 de l'article 11 de la loi sur le régime juridique de l'état de guerre, avant de signer le décret n° 932/2026 révoquant définitivement le procureur général. Kravtchenko avait annoncé sa démission le 7 septembre à l'issue d'un entretien avec le chef de l'État. Le 14 septembre au matin, dans une vidéo, il avait déclaré avoir signé un avis de suspicion contre le directeur du NABU Semen Kryvonos pour falsification de documents officiels en vue d'obtenir un avantage illicite d'un montant particulièrement élevé, ainsi qu'un avis contre une personne proche du chef du SAP, Oleksandr Klymenko. Le soir même, Kravtchenko a quitté l'Ukraine en invoquant un voyage d'affaires ; l'Office du procureur général a confirmé un déplacement en France, tandis que des sources citées par Ukrainska Pravda évoquaient un passage de la frontière à 02 h 30 à bord d'un véhicule de service pour un déplacement vers la Lituanie. Le NABU et le SAP ont rejeté ces accusations et indiqué que Kryvonos n'avait pas reçu de notification officielle ; l'Office du procureur général a précisé que les inscriptions correspondantes au Registre unifié des enquêtes préliminaires avaient été annulées, décision validée par le procureur général adjoint Maksym Krym selon l'institution. Kravtchenko n'était pas présent lors du vote au Parlement.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
L'ensemble des sources mobilisées sont des médias et agences ukrainophones (ZN.UA, NV, LIGA.net, Ukrainska Pravda, Suspilne, Hromadske, Forbes Ukraine, Interfax-Ukraine, Ukrinform, Radio Svoboda). La couverture met en avant les actes formels présidentiel et parlementaire — décret n° 932/2026, vote à 317 voix, démission du 7 septembre, suspension du 14 septembre — ainsi que la chronologie de l'opération « Carthage » et les décisions de la Haute Cour anticorruption sur Serguiï Kropyva, Ielyzaveta Ivakhnenko et Serhiï Koutsy. Elle insiste sur la confrontation institutionnelle entre Kravtchenko et les organes anticorruption, et sur les interrogations soulevées par son départ du pays la veille du scrutin. Des voix de l'opposition, dont Iryna Herashchenko (Solidarité européenne) et Maksym Boujansky (Serviteur du peuple), ont appelé à rétablir une sélection concurrentielle pour le poste de procureur général et à renoncer aux nominations politiques.
Là où les récits divergent
Plusieurs divergences ressortent des sources. Sur la destination de Kravtchenko, celui-ci évoque un voyage d'affaires ; l'Office du procureur général a indiqué à Radio Svoboda qu'il s'agissait d'un déplacement en France, tandis que des sources citées par Ukrainska Pravda évoquent un passage de la frontière à bord d'un véhicule de service pour un voyage vers la Lituanie. Sur la notification de la suspicion à Semen Kryvonos, Kravtchenko affirme l'avoir signée, mais l'Office du procureur général a publiquement nié toute notification officielle et Kryvonos dit n'avoir reçu aucun document ; l'avis aurait été envoyé par Ukrposhta selon Kravtchenko, dont le dirigeant Igor Smiliansky a précisé que le paiement avait été effectué en espèces, contrairement au contrat entre Ukrposhta et l'Office. Sur l'implication personnelle de Kravtchenko dans le dossier « Carthage », le chef du SAP Oleksandr Klymenko a refusé d'annoncer des suspicions, mais des enregistrements publiés dans l'enquête comportent un interlocuteur au pseudonyme « Kantsler » s'adressant à un « patron » au patronyme Andriïovytch, ce que les enquêteurs rapprochent de Kravtchenko ; Kryvonos a publiquement qualifié Kravtchenko d'« exécuteur » de l'attaque contre les organes anticorruption, ce que Kravtchenko conteste.
Contexte
Rouslan Kravtchenko avait été nommé procureur général le 17 juin 2025 ; il avait auparavant dirigé le Service fiscal d'État (2024-2025), l'administration militaire de la région de Kiev (2023-2024) et le parquet du district de Boutcha (2021-2023). Début septembre, le NABU et le SAP avaient annoncé dans le cadre de l'opération « Carthage » avoir démantelé une organisation criminelle au sein de l'Office du procureur général soupçonnée d'extorquer des pots-de-vin à des centres d'appels frauduleux et d'en blanchir le produit. Le principal suspect identifié était Serguiï Kropyva, chef adjoint du département de la coopération juridique internationale de l'Office, placé en détention provisoire par la Haute Cour anticorruption le 6 septembre, avec possibilité de libération sous caution de 120 millions de hryvnias. D'autres figures du dossier — Ielyzaveta Ivakhnenko (caution 20 millions de hryvnias), Serhiï Koutsy (3 millions de hryvnias) et Oleksandr Dydytch — ont également été placées en détention.