La Lituanie gèle les avoirs des oligarques russes Fridman et Ousmanov retirés de la liste des sanctions de l'UE
La Lituanie a gelé sous son régime national de sanctions les avoirs des oligarques russes Mikhaïl Fridman et Alicher Ousmanov, qui venaient d'être retirés de la liste des sanctions de l'UE. Le ministre des Affaires étrangères Kęstutis Budrys a annoncé la décision sur X le 14 octobre, estimant que leur radiation envoyait un « mauvais signal » et appelant à renforcer la pression sur la Russie.
L'essentiel
- La Lituanie a gelé les avoirs de Mikhaïl Fridman et Alicher Ousmanov dans le cadre de ses sanctions nationales.
- Le ministre lituanien des Affaires étrangères Kęstutis Budrys a annoncé la mesure sur X le 14 octobre.
- Budrys a qualifié la radiation des deux oligarques de la liste de l'UE de « mauvais signal ».
- La Slovaquie et la France ont fait pression pour le retrait d'Ousmanov ; le Luxembourg a fait pression pour celui de Fridman.
- Fridman poursuit le Luxembourg en arbitrage international, réclamant environ 16 milliards de dollars d'indemnisation.
- Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Sybiha a jugé le desserrement des sanctions inacceptable.
- La commission présidentielle ukrainienne sur la politique de sanctions a proposé de remplacer les deux oligarques radiés par Vladimir Lissine et Vladimir Potanine.
Pourquoi c’est important
La décision lituanienne montre que certains États membres de l'UE n'acceptent pas l'affaiblissement des mesures restrictives contre les personnes liées au Kremlin. L'épisode met au jour des divisions internes sur les sanctions individuelles contre la Russie, entre pays poussant à des retraits (Slovaquie, France, Luxembourg) et pays ripostant au niveau national (Lituanie, Lettonie, Estonie). Plusieurs retraits semblent liés à des pressions bilatérales ou à des contentieux juridiques, ce qui fragilise la cohérence de la politique de sanctions. Les autorités ukrainiennes ont publiquement dénoncé ces assouplissements, soulignant l'impact direct sur les intérêts ukrainiens.
Ce qui s’est passé
Le 14 octobre, la Lituanie a annoncé le gel des avoirs des oligarques russes Mikhaïl Fridman et Alicher Ousmanov, sous son régime national de sanctions. L'annonce a été faite par le ministre des Affaires étrangères Kęstutis Budrys sur le réseau social X, en réponse à la radiation des deux hommes de la liste des sanctions de l'UE. Budrys a déclaré que cette radiation envoyait un « mauvais signal » et a appelé à renforcer et à maintenir la pression sur la Russie ainsi que sur ceux qui facilitent sa guerre. La Lituanie avait déjà interdit l'entrée des deux oligarques sur son territoire au titre de ses sanctions nationales. La Slovaquie et la France auraient fait pression pour la radiation d'Ousmanov, et le Luxembourg pour celle de Fridman, ce dernier ayant engagé un arbitrage international contre le Luxembourg réclamant environ 16 milliards de dollars de dommages et intérêts. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Sybiha a qualifié ce desserrement des sanctions d'inacceptable. Le commissaire présidentiel ukrainien aux sanctions, Vladyslav Vlasiuk, a indiqué que l'Ukraine avait proposé de remplacer les deux oligarques radiés par Vladimir Lissine et Vladimir Potanine.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les sources ukrainiennes présentent le gel lituanien comme une réponse directe et un désaveu de la décision de Bruxelles de radier les deux oligarques de la liste de l'UE. Elles soulignent les sanctions nationales lituaniennes comme une compensation à un affaiblissement perçu de la politique européenne et mettent en avant les déclarations de Kęstutis Budrys sur le « mauvais signal » envoyé par l'UE. La couverture ukrainienne replace cette décision dans le contexte de l'agression russe contre l'Ukraine et relaie la prise de position du ministre Sybiha, qui qualifie l'allègement des sanctions d'inacceptable.
Là où les récits divergent
Les sources divergent sur l'origine de la pression ayant poussé la France à demander la radiation d'Ousmanov : plusieurs médias ukrainiens affirment que Paris a agi sous la pression de l'Azerbaïdjan après la détention d'au moins deux ressortissants français, tandis que des diplomates azerbaïdjanais ont rejeté cette caractérisation, un démenti rapporté par Reuters.
Contexte
Le 22 septembre, le Conseil de l'UE a prolongé de 36 mois, jusqu'au 22 septembre 2029, les sanctions individuelles visant quelque 3 000 personnes et entités jugées responsables de menaces contre l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine. Au même moment, Fridman et Ousmanov ont été retirés de la liste. La Slovaquie a poussé pour la radiation d'Ousmanov, suivie par la France, présentée comme ayant agi sous la pression de l'Azerbaïdjan après la détention de plusieurs ressortissants français ; les diplomates azerbaïdjanais ont nié cette version. Le Luxembourg a poussé pour la radiation de Fridman, qui poursuit le pays en arbitrage international pour environ 16 milliards de dollars. La Lituanie avait déjà imposé une interdiction nationale d'entrée aux deux oligarques et a commencé à appliquer des sanctions nationales à partir du 25 septembre, dont une interdiction d'entrée de cinq ans. L'Estonie a également imposé ses propres sanctions, et la Lettonie s'est opposée à la radiation en annonçant son intention d'imposer des restrictions nationales. Les sanctions individuelles de l'UE nécessitent l'accord unanime des 27 États membres et sont renouvelées tous les six mois ; à défaut d'accord, elles expirent automatiquement. L'Ukraine a proposé de remplacer les deux oligarques radiés par Vladimir Lissine (lié à Novolipetsk Steel) et Vladimir Potanine (lié à Nornickel).