L'ancien procureur général Kravchenko démissionne depuis Vienne après son départ d'Ukraine
L'ancien procureur général ukrainien Rouslan Kravchenko et son épouse Oleksandra ont quitté l'Ukraine à la mi-septembre 2026 et se sont enregistrés à une adresse à Vienne, avant que sa démission ne soit soumise et acceptée le 21 septembre. Son départ intervient peu après l'opération « Carthage » du NABU et du SAP, qui a mis au jour un réseau présumé de « couverture » de centres d'appels frauduleux, dans lequel un ancien responsable du parquet, Serhiy Kropyva, a été mis en cause.
L'essentiel
- Kravchenko a quitté l'Ukraine le 14 septembre à 02h19 au point de passage de Chehyni, avec un chauffeur immatriculé comme entrepreneur individuel.
- Son épouse Oleksandra est sortie d'Ukraine le 12 septembre à pied vers la Moldavie, puis le 13 septembre vers la Roumanie en Mercedes au point de passage de Leuseni.
- Selon le registre autrichien (Zentrales Melderegister), les Kravchenko ont inscrit leur résidence principale au Jordangasse 7/12, 1010 Vienne, qui est le siège de la société CS Corporate Services GmbH.
- Le 21 septembre, la démission de Kravchenko a été annoncée et acceptée par le parquet ; le 15 septembre, la Verkhovna Rada avait déjà voté sa destitution par 317 voix.
- Kravchenko était parti en déclarant un déplacement professionnel de cinq jours à Paris à compter du 13 septembre, censé se terminer le 18 septembre, et n'est pas rentré.
- Son départ intervient après l'annonce, le 4 septembre, de l'opération « Carthage » du NABU et du SAP visant un groupe qui collectait 20 000 à 24 000 dollars par mois auprès de centres d'appels frauduleux.
Pourquoi c’est important
Le départ d'un procureur général en exercice suivi d'une démission depuis l'étranger constitue un événement exceptionnel. Il intervient peu après l'opération « Carthage » du NABU et du SAP, qui a exposé un réseau présumé de « couverture » de centres d'appels frauduleux, dans lequel un ancien responsable du parquet, Serhiy Kropyva, a été nommé suspect. L'Autriche étant décrite comme un refuge difficile pour l'extradition de suspects ukrainiens, Vienne est présentée comme une destination compliquant tout retour forcé de Kravchenko en Ukraine.
Ce qui s’est passé
L'ancien procureur général Rouslan Kravchenko a quitté l'Ukraine le 14 septembre à 02h19 au point de passage frontalier de Chehyni, accompagné d'un chauffeur immatriculé comme entrepreneur individuel dans le transport de passagers, à bord d'un minibus Mercedes V-Class utilisé pour le transport international haut de gamme. Son épouse Oleksandra était sortie d'Ukraine dès le 12 septembre, franchissant à pied la frontière moldave au point de Palanka, puis entrant en Roumanie le 13 septembre au point de Leuseni en Mercedes. Selon des données du registre autrichien des résidents (Zentrales Melderegister), les Kravchenko ont inscrit leur résidence principale au Jordangasse 7/12, 1010 Vienne – une adresse qui est en réalité le siège de la société CS Corporate Services GmbH, prestataire d'adresses juridiques pour des sociétés autrichiennes, et non un logement. Au moins une vingtaine d'autres entités, dont Duracell Austria GmbH et KPLER GmbH, sont enregistrées à la même adresse. Kravchenko s'était lui-même délivré, le 13 septembre, un ordre de mission de cinq jours à Paris, présenté comme lié à des auditions à la PACE, qui devait se terminer le 18 septembre. Il n'est pas rentré et, le 21 septembre, le parquet a confirmé qu'il ne s'était pas présenté au travail avant d'annoncer que sa lettre de démission avait été reçue et acceptée. Le 15 septembre, la Verkhovna Rada (le parlement ukrainien) avait déjà approuvé sa destitution par 317 voix, après la suspension décidée par le président Volodymyr Zelensky. Le 14 septembre, quelques heures avant de franchir la frontière, Kravchenko aurait signé un avis de suspicion à l'encontre du directeur du NABU, Semen Kryvonos ; le parquet a nié l'existence d'un tel avis en invoquant l'absence de fondement juridique.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les quatre articles fournis proviennent de médias ukrainiens (Ukrainska Pravda, LIGA.net, ZN.UA, NV) et traitent l'affaire comme un travail d'enquête, en mettant en avant les heures précises des passages frontaliers, l'inscription à l'adresse viennoise et le contraste avec l'opération « Carthage » du NABU et du SAP. La couverture ukrainienne insiste sur les conséquences institutionnelles internes : un responsable des forces de l'ordre, cité anonymement, décrit le parquet comme « paralysé » après le départ de Kravchenko, et le Centre d'action anti-corruption a affirmé que le déplacement à l'étranger du procureur général n'avait été possible qu'avec l'accord du président Zelensky.
Là où les récits divergent
L'article 33511 présente dans son titre l'inscription à Vienne comme faite à une « adresse fictive », tandis que les reportages sous-jacents (33486, 33444, 33504) décrivent cette adresse comme le siège d'une société de services aux entreprises et indiquent qu'Ukrainska Pravda suggère que l'inscription pourrait viser à dissimuler la résidence réelle des Kravchenko, sans confirmer officiellement de fraude. Par ailleurs, les articles mentionnent que Kravchenko aurait signé un avis de suspicion contre le directeur du NABU Semen Kryvonos quelques heures avant son départ, mais le parquet a nié l'existence d'un tel avis, arguant qu'aucune personne dans cette affaire n'avait reçu d'avis de suspicion faute de fondement juridique.
Contexte
L'opération « Carthage » du NABU et du SAP a été annoncée publiquement le 4 septembre 2025 et a identifié un groupe accusé d'avoir collecté 20 000 à 24 000 dollars par mois auprès de centres d'appels frauduleux. Lors de la procédure de mesure préventive concernant le suspect Serhiy Kropyva, les procureurs anti-corruption ont affirmé qu'il avait coordonné la rénovation non déclarée de la maison de Kravchenko dans le quartier huppé de Kozyn ; Kravchenko a répondu que sa famille louait la maison et qu'il la déclarerait. D'autres anciens responsables ukrainiens ont été signalés comme résidant à Vienne : l'ancien président de la Cour constitutionnelle Oleksandr Tupytsky, l'ancien chef de la Banque nationale Kyrylo Chevtchenko et l'ancien député Andriy Kholodov.