L'ex-procureur général Kravchenko n'est pas rentré en Ukraine après la fin de son déplacement à l'étranger
L'ancien procureur général Rouslan Kravchenko n'a pas réintégré son poste au Bureau du procureur général ni regagné l'Ukraine à la date limite du 21 septembre à 14h, alors que son déplacement officiel de cinq jours, ordonné le 13 septembre, devait s'achever le 18 septembre. Sa défection survient après son limogeage par le Parlement la veille de la fin officielle de son voyage, lui-même intervenu au cœur d'une enquête anticorruption baptisée « Opération Carthage ».
L'essentiel
- Le 21 septembre à 14h, Kravchenko ne s'était pas présenté au Bureau du procureur général, dont la porte-parole Marianna Haïovska a déclaré ne pas savoir s'il était rentré en Ukraine ni où il se trouvait.
- Le déplacement à l'étranger de cinq jours avait été ordonné le 13 septembre et devait expirer le 18 septembre.
- Le 14 septembre, Kravchenko a annoncé avoir signé un avis de suspicion à l'encontre du directeur du NABU Semen Kryvonos et d'une personne proche du chef du SAPO Oleksandr Klymenko ; le Bureau du procureur général a affirmé qu'aucune base légale ne justifiait cette notification et Kryvonos a déclaré ne l'avoir jamais reçue.
- Le 14 septembre, le président Volodymyr Zelensky a suspendu Kravchenko de ses fonctions de procureur général en vertu de la loi sur le régime de l'état de guerre ; le 15 septembre, la Verkhovna Rada a approuvé sa révocation et Zelensky a signé le décret correspondant.
- Kravchenko reste procureur au sein du Bureau du procureur général malgré la perte de son poste administratif ; le parquet a indiqué que la CPDP pouvait examiner son absence jusqu'à un mois, faute de quoi une procédure disciplinaire de licenciement pourrait être engagée.
- Selon le NABU et le SAPO, son départ s'inscrit dans le contexte de l'« Opération Carthage » : des perquisitions menées le 4 septembre au Bureau du procureur général dans une enquête sur le « couverture » de centres d'appels frauduleux, pour laquelle le juge du tribunal anticorruption (VAKS) a placé en détention le fonctionnaire Serguiï Kropyva avec une caution de 120 millions de UAH.
Pourquoi c’est important
La situation soulève la question de la responsabilité d'un ancien procureur général qui reste en fuite au moment même où l'Ukraine le limoge et où la justice enquête sur des soupçons de « couverture » de centres d'appels frauduleux au sein de son propre parquet. Son départ — survenu quelques heures après la signature de mises en cause visant les chefs des deux organes anticorruption NABU et SAPO, aussitôt qualifiés de riposte politicienne par ceux-ci — fragilise l'image d'indépendance de la justice ukrainienne. Enfin, comme il demeure procureur de carrière au sein du même Bureau, son absence prolongée peut déclencher une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement.
Ce qui s’est passé
Rouslan Kravchenko, procureur général de l'Ukraine depuis juin 2025 et auparavant chef du Service fiscal national de décembre 2024 à juin 2025, a fait l'objet d'un déplacement officiel à l'étranger de cinq jours ordonné le 13 septembre, présenté dans l'ordre de mission comme une participation à une audition de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe à Paris sur la situation des enfants ukrainiens. Il a quitté l'Ukraine dans la nuit du 13 au 14 septembre via le poste-frontière de Shehyni à bord d'un véhicule de service, après avoir refusé la protection de l'État peu avant son départ. Le matin du 14 septembre, il a annoncé avoir signé un avis de suspicion contre le directeur du NABU Semen Kryvonos — pour, selon lui, falsification de documents officiels, obtention d'avantages injustifiés et adoption fictive — et contre une personne proche du chef du SAPO Oleksandr Klymenko pour « influence sur des juges du VAKS, offre d'avantages injustifiés et aide à l'évasion de la mobilisation ». Le même jour, le Bureau du procureur général a officiellement déclaré qu'aucune base légale ne justifiait la notification à Kryvonos et Kryvonos lui-même a affirmé n'avoir rien reçu. Le 14 septembre, le président Zelensky a suspendu Kravchenko de ses fonctions en vertu de la loi sur le régime de l'état de guerre, et le 15 septembre, la Verkhovna Rada a approuvé sa révocation, Zelensky signant le décret dans la foulée. Anton Kovalski a été nommé procureur général par intérim. Le déplacement à l'étranger expirait le 18 septembre ; le 21 septembre à 14h, Kravchenko ne s'était toujours pas présenté à son poste et le Bureau du procureur général a indiqué ne pas disposer d'information officielle sur son lieu de résidence. Selon la loi, la CPDP peut examiner l'absence jusqu'à un mois, avec à terme un risque de licenciement disciplinaire.
Là où les récits divergent
Plusieurs éléments de l'affaire font l'objet de versions contradictoires dans la presse. Premièrement, le statut de l'avis de suspicion visant le directeur du NABU : Kravchenko affirme l'avoir signé et envoyé par courrier postal, le Bureau du procureur général affirme officiellement qu'aucune base légale n'en justifiait la notification et qu'aucun document papier n'a été délivré, et Kryvonos lui-même a déclaré publiquement ne l'avoir jamais reçu. Deuxièmement, la finalité réelle du déplacement à Paris : l'ordre de mission et les déclarations publiques de Kravchenko invoquent une audition du Conseil de l'Europe sur les enfants ukrainiens et l'information de partenaires internationaux sur la situation des organes anticorruption ; la porte-parole du Conseil de l'Europe, Natali Bardzhellini, a indiqué que ni Kravchenko ni son administration ne figuraient parmi les participants à l'audition concernée, et une source au sein du Conseil de l'Europe a ajouté que les organisateurs de l'événement ne l'avaient pas invité. Troisièmement, l'interprétation du départ : le Centre d'action anti-corruption (TsPK) soutient qu'un tel départ n'était possible qu'avec l'accord du président Zelensky, tandis que des sources au sein des forces de l'ordre décrivent un franchissement de frontière discret de nuit via Shehyni et que Kravchenko présente lui-même son voyage comme une démarche d'information auprès de partenaires. Enfin, les sources divergent sur l'utilisation de véhicules de service du parquet pour ce déplacement : un fait rapporte que Kravchenko a franchi la frontière dans un véhicule de service, un autre précise que les véhicules du Bureau du procureur général n'ont pas été mobilisés pour ce voyage.
Contexte
Avant sa nomination à la tête du parquet en juin 2025, Rouslan Kravchenko avait dirigé le Service fiscal national de décembre 2024 à juin 2025. Le 4 septembre, le NABU et le SAPO ont perquisitionné le Bureau du procureur général dans le cadre de l'« Opération Carthage », une enquête sur une organisation criminelle présidée, selon l'accusation, par un fonctionnaire du parquet accusée de « couvrir » des centres d'appels frauduleux et de blanchir les produits de ces activités ; le fonctionnaire mis en cause a été identifié comme Serguiï Kropyva, chef adjoint du Département de la coopération juridique internationale du parquet. Le 6 septembre, le Tribunal supérieur anti-corruption (VAKS) a placé Kropyva en détention avec une caution alternative de 120 millions de hryvnias ; le 7 septembre, le même tribunal a placé en détention sa compagne Yelyzaveta Ivakhnenko, et Kravchenko a remis sa démission le soir même. Son déplacement à l'étranger de cinq jours a été ordonné le 13 septembre, présenté officiellement comme une participation à une audition du Conseil de l'Europe à Paris ; une porte-parole du Conseil de l'Europe a déclaré que ni Kravchenko ni des représentants de son administration ne figuraient sur la liste des participants. Selon les sources, Kravchenko aurait refusé la protection de l'État peu avant son départ et aurait traversé la frontière à Shehyni dans la nuit du 13 au 14 septembre à bord d'un véhicule de service ; son épouse aurait quitté l'Ukraine pour la Moldavie dès le 12 septembre. Le 14 septembre, le président Zelensky a suspendu Kravchenko de ses fonctions ; la Verkhovna Rada a approuvé sa révocation le 15 septembre, Zelensky signant le décret correspondant. Anton Kovalski a été nommé procureur général par intérim. Au moment de son départ, Kravchenko restait procureur de carrière au sein du Bureau du procureur général malgré la perte de son poste administratif.