Énergie : Kiev accuse Moscou de violer la trêve annoncée, Trump fait pression pour un accord sur le diesel russe
Volodymyr Zelensky affirme que l'Ukraine a respecté une trêve énergétique annoncée par Donald Trump pendant deux jours, tandis que la Russie a continué à frapper les infrastructures ukrainiennes. En parallèle, un accord annoncé le 9 octobre entre Washington et Moscou sur la reprise des importations de diesel russe a suscité l'opposition bipartisane de sept sénateurs américains. La Maison-Blanche menace en outre de suspendre la chaîne d'approvisionnement en armes vers l'Ukraine si Kiev ne renonce pas aux frappes sur les raffineries russes.
L'essentiel
- Entre mars 2022 et juillet 2026, les États de l'UE ont versé à la Russie environ 197 milliards d'euros (≈ 209 milliards de dollars) pour des combustibles fossiles.
- Donald Trump a écrit sur les réseaux sociaux que ce montant s'élevait à 250 milliards de dollars.
- Le 9 octobre, Trump a annoncé avoir conclu avec Vladimir Poutine un accord sur la fourniture de diesel russe aux marchés américain et mondial.
- Sept sénateurs américains, républicains et démocrates, jugent cette décision contraire au droit américain et demandent son retrait.
- L'Ukraine salue la trêve énergétique limitée aux raffineries, tout en signalant que Moscou continue de frapper ses infrastructures.
- La trêve couvre uniquement les raffineries : l'Ukraine n'en possède qu'une, non exploitée à pleine capacité, contre un vaste réseau russe.
- L'administration Trump menace d'interrompre le système d'achat d'armements pour l'Ukraine si Kiev maintient ses frappes sur les installations énergétiques russes.
Pourquoi c’est important
Les paiements européens à la Russie pour les hydrocarbures ont continué malgré l'invasion, bien qu'en baisse grâce au plan REPowerEU. L'annonce d'un accord américano-russe sur le diesel russe a provoqué une opposition bipartisane au Sénat et relance la question du respect des sanctions. Enfin, la trêve limitée aux seules raffineries et les menaces américaines sur la chaîne d'armements placent Kiev face à un dilemme stratégique entre apaiser Washington et conserver sa capacité de frappe en profondeur.
Ce qui s’est passé
Volodymyr Zelensky a déclaré publiquement, sur Facebook selon Ukrinform, que l'Ukraine avait cessé toute frappe contre les raffineries et infrastructures énergétiques russes pendant deux jours à la suite du cessez-le-feu annoncé par Donald Trump, et que la Russie en avait profité pour frapper des installations ukrainiennes. Il a ajouté ne pas avoir reçu de confirmation russe de l'accord et a lancé un appel à Trump pour qu'il convainque Poutine de le respecter. En parallèle, le 9 octobre, Trump a annoncé un accord avec Vladimir Poutine sur la fourniture de diesel russe aux marchés américain et mondial, couvrant 300 000 à 500 000 tonnes par mois selon Zelensky, face à une consommation mondiale de 120 millions de tonnes par mois. Sept sénateurs américains, républicains et démocrates, ont jugé cette décision contraire à la loi de 2022 interdisant les importations d'hydrocarbures russes et demandé son annulation immédiate. L'administration Trump aurait parallèlement averti Kiev et ses alliés européens qu'elle pourrait suspendre le partage de renseignement et les achats d'armes américaines pour l'Ukraine, si Kiev maintient ses frappes sur les installations énergétiques russes profondes.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les médias ukrainiens centrent le récit sur la réponse de Zelensky à l'annonce de trêve et sur sa proposition de lier la fourniture de diesel russe à des garanties de protection du système énergétique ukrainien. Ils soulignent l'asymétrie de la trêve limitée aux raffineries : l'Ukraine n'en possède qu'une, à l'arrêt, face au vaste réseau russe. Zelensky se positionne en acteur ouvert et patient, attendant la confirmation russe et l'engagement américain.
Là où les récits divergent
Deux divergences principales apparaissent. D'une part, le montant des paiements européens à la Russie pour les hydrocarbures entre mars 2022 et juillet 2026 est évalué à 197 milliards d'euros (≈209 milliards de dollars) par les analyses citées, alors que Donald Trump l'estime à 250 milliards de dollars sur les réseaux sociaux. D'autre part, Trump affirme qu'un cessez-le-feu énergétique entre l'Ukraine et la Russie entre en vigueur « à partir de maintenant » avec l'accord des deux parties, tandis que Zelensky indique n'avoir aucune confirmation russe et constate que les frappes russes sur les infrastructures ukrainiennes se poursuivent.
Contexte
Le plan REPowerEU a permis à l'UE de réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes : sans lui, les dépenses européennes en combustibles fossiles russes auraient pu atteindre environ 475 milliards d'euros. En 2023, la part russe dans les dépenses européennes de combustibles fossiles était tombée à environ 6 %, ce qui aurait évité quelque 278 milliards d'euros de coûts supplémentaires. En 2022, le Congrès américain avait interdit les importations d'hydrocarbures russes afin d'éviter que des fonds américains ne financent la guerre de la Russie contre l'Ukraine. Enfin, l'Ukraine ne possède qu'une seule raffinerie, déjà visée à plusieurs reprises par la Russie, contre un vaste réseau russe.