Un tribunal de Lviv condamne à perpétuité l'assassin de la linguiste Iryna Farion
Le 1er octobre, le tribunal de district de Shevchenkivski à Lviv a condamné Viatcheslav Zintchenko à la perpétuité pour le meurtre prémédité de la linguiste et ancienne députée Iryna Farion, abattue en juillet 2024 devant son domicile. Le tribunal a retenu la motivation par intolérance nationale et la détention illégale d'arme. Le verdict peut encore être contesté en appel dans les 30 jours.
L'essentiel
- Peine de perpétuité prononcée le 1er octobre 2026 par le tribunal de district de Shevchenkivski de Lviv.
- Iryna Farion avait été tuée le 19 juillet 2024 d'une balle dans la tête devant son domicile de la rue Masaryka à Lviv.
- Le meurtrier, Viatcheslav Zintchenko, 18 ans au moment des faits, avait été arrêté à Dnipro le 25 juillet 2024.
- Reconnu coupable de meurtre intentionnel lié à l'exercice d'un devoir public et motivé par l'intolérance nationale, ainsi que de détention illégale d'arme.
- 5 millions de hryvnias de dommages et intérêts accordés à la fille de la victime, Sofiia Osoba (qui en réclamait 15 millions).
- Le verdict n'est pas encore entré en vigueur et peut être contesté dans un délai de 30 jours devant la cour d'appel de Lviv.
- Le tribunal s'est appuyé notamment sur une expertise odorologique et une expertise de portrait pour établir la présence de l'accusé sur les lieux.
Pourquoi c’est important
La condamnation à perpétuité clôt un procès très médiatisé pour l'assassinat d'une figure publique connue pour son militantisme en faveur de la langue ukrainienne. Le tribunal a explicitement qualifié le meurtre d'acte de haine motivé par l'intolérance nationale et a retenu, selon les enquêteurs, un lien avec une organisation néonazie russe. L'affaire a relancé le débat public sur les communautés radicales en Ukraine et sur la sécurité autour des procès à forte charge politique.
Ce qui s’est passé
Le 1er octobre, le tribunal de district de Shevchenkivski à Lviv a condamné Viatcheslav Zintchenko à la perpétuité pour le meurtre prémédité d'Iryna Farion, linguiste et ancienne députée à la Rada. La présidente du tribunal, la juge Petro Nevoit, et les juges Oleksandr Baïev et Pavlo Eder ont prononcé la peine après environ cinq heures de lecture du verdict. L'accusé a été reconnu coupable de meurtre intentionnel d'une personne en raison de l'exercice par elle d'un devoir public, motivé par l'intolérance nationale (article 115, alinéa 2 du Code pénal), ainsi que de détention illégale d'arme (article 263, alinéa 1). Le tribunal a également ordonné le versement de 5 millions de hryvnias de dommages et intérêts à la fille de la victime, Sofiia Osoba, qui en réclamait 15 millions. Le verdict peut être contesté dans un délai de 30 jours devant la cour d'appel de Lviv. L'audience s'est tenue sous haute sécurité, avec un périmètre fermé autour du tribunal. Après l'annonce, des cris de « Honte » ont été scandés par des sympathisants de l'accusé, tandis que des partisans de Farion s'étaient rassemblés à l'extérieur. Zintchenko avait catégoriquement nié sa culpabilité, refusé de témoigner à quatre reprises et renoncé à son dernier mot.
Contexte
Iryna Farion, linguiste et ancienne députée à la Verkhovna Rada (7e législature), avait été abattue d'une balle dans la tête à bout portant le soir du 19 juillet 2024 devant son domicile de la rue Masaryka à Lviv. Elle est décédée le même jour à l'hôpital, à l'âge de 60 ans. Viatcheslav Zintchenko, alors âgé de 18 ans et originaire de Dnipro, avait été arrêté le 25 juillet 2024 dans cette ville et placé en détention provisoire sans possibilité de caution le lendemain. En décembre 2024, la qualification des faits a été élargie pour retenir le mobile d'intolérance nationale et la détention illégale d'arme. L'instruction s'est achevée le 26 janvier 2025 et le procès au fond a duré à partir de février 2025 ; les débats se sont étendus sur environ cinq mois, avec plus de 80 audiences et 30 tomes de dossier. Selon l'enquête, Zintchenko avait rejoint dès 2022 des groupes Telegram faisant l'apologie de la violence, puis en 2024 un autre groupe lié à une organisation néonazie russe, où il aurait nourri une inimitié personnelle envers Farion en raison de son militantisme pour la langue ukrainienne. Il aurait loué au moins trois appartements à Lviv, surveillé la linguiste, rédigé des notes où il se qualifiait de « sanitaire de cette société » et acquis en avril 2024 un pistolet converti « Stalker 2906 ». Au cours de la procédure, il a observé plusieurs grèves de la faim et a tenté de se suicider pendant une audience.