Le chef du Centre anti-corruption affirme que le procureur général destitué Kravchenko a fui l'Ukraine
Vitaliy Chabounine, directeur du Centre de lutte contre la corruption (ЦПК), a déclaré dans un entretien à Radio NV que le procureur général destitué Rouslan Kravchenko aurait fui l'Ukraine après avoir signé un acte de suspicion à l'encontre du directeur du NABO Semen Kryvonos et enregistré une déclaration vidéo. Chabounine estime que le président aurait pu relever Kravchenko de ses fonctions par décret dès la semaine précédente. La Rada doit se prononcer sur la révocation mardi.
L'essentiel
- Le procureur général Rouslan Kravchenko a présenté sa démission la semaine précédente.
- Le ЦПК affirme que Kravchenko a fui l'Ukraine et aurait signé la suspicion contre le directeur du NABO Semen Kryvonos en échange de la possibilité de partir à l'étranger.
- Selon Chabounine, le président Zelensky aurait pu révoquer Kravchenko par décret dès la semaine précédente lors de l'opération « Carthage ».
- NABO et SAP ont qualifié la démarche de Kravchenko d'« attaque systématique contre les organes anticorruption indépendants » et ont nié toute suspicion officielle contre Kryvonos.
- Le président Zelensky a déclaré ne voir qu'une seule issue : la révocation de Kravchenko.
- Le vote au Parlement (Verkhovna Rada) sur la révocation est prévu mardi.
- Le parquet anticorruption a accusé un subordonné de Kravchenko d'avoir reçu des pots-de-vin pour protéger des centres d'escroquerie téléphonique.
Pourquoi c’est important
L'affaire Kravchenko ne concerne pas seulement la démission d'un procureur général : elle met en jeu l'indépendance des institutions anticorruption ukrainiennes (NABO et SAP) à un moment où le pays, en cinquième année de guerre à grande échelle, dépend largement du soutien financier international. Les allégations du Centre de lutte contre la corruption liant la fuite de Kravchenko à la signature d'une suspicion contre le directeur du NABO relancent le débat sur l'éventuelle ingérence du Bureau de la présidence dans le fonctionnement de la justice. La manière dont la Rada tranchera la question mardi aura une portée symbolique pour les partenaires occidentaux et pour les négociations d'adhésion à l'UE, conditionnées au respect des réformes anticorruption.
Ce qui s’est passé
Dans un entretien à Radio NV, Vitali Chabounine, directeur du Centre de lutte contre la corruption, a présenté la version du ЦПК selon laquelle le procureur général Rouslan Kravchenko, destitué, aurait fui l'Ukraine. Selon cette version, avant son départ, Kravchenko aurait signé un acte de suspicion contre le directeur du NABO (Національне антикорупційне бюро України, Bureau national anticorruption) Semen Kryvonos et enregistré une vidéo l'accusant, ainsi qu'un proche du chef du parquet anticorruption Oleksandr Klymenko, d'avoir commis des infractions. Kravchenko aurait obtenu la possibilité de quitter le pays en échange de la signature de cette suspicion. Le NABO et le parquet anticorruption spécialisé (SAP) ont rejeté ces accusations et affirmé qu'aucune suspicion officielle n'avait été notifiée à Kryvonos ; ils ont qualifié l'ensemble de la démarche d'« attaque systématique contre les organes anticorruption indépendants ». Kravchenko lui-même avait déclaré se trouver en mission officielle à l'étranger. Le président Volodymyr Zelensky a annoncé avoir personnellement informé Kravchenko de sa décision et ne voir qu'une seule issue : sa révocation. Le chef du Parlement Rouslan Stefanchuk a indiqué que les députés avaient reçu la présentation officielle du président, et plusieurs parlementaires ont précisé que le vote était prévu mardi. Des analystes interrogés ne tranchent pas la question de savoir si Kravchenko a agi seul ou sur instruction du Bureau de la présidence.
Ce qu’en disent les sources internationales
Reuters a rapporté l'existence d'un conflit entre le Bureau du procureur général et les organes anticorruption ukrainiens. La crise est observée avec attention à l'étranger dans la mesure où le respect par l'Ukraine de ses réformes anticorruption constitue une condition clé de l'aide financière internationale et un élément central des négociations d'adhésion à l'Union européenne.
Là où les récits divergent
Les analystes et experts interrogés ne donnent pas d'évaluation unanime sur la question de savoir si Kravchenko a agi de sa propre initiative ou sur instruction du Bureau de la présidence. Le Centre de lutte contre la corruption avance une version impliquant une instruction venue de la présidence ; le NABO et le SAP rejettent les accusations formulées par Kravchenko ; ce dernier nie toute tentative d'affaiblir l'indépendance des organes anticorruption.
Contexte
Kravchenko avait été critiqué par ses opposants pour de présumées tentatives d'affaiblir l'indépendance du NABO et de la SAP, ce qu'il niait. Avant sa démission, le NABO et la SAP avaient accusé l'un de ses subordonnés d'avoir reçu des pots-de-vin pour faciliter la couverture de centres d'escroquerie téléphonique arnaquant des citoyens ukrainiens et étrangers. Kravchenko avait répliqué en annonçant la signature d'une suspicion contre Kryvonos pour falsification de documents officiels en vue d'obtenir un avantage injustifié de particulierement grande ampleur, ainsi qu'une affaire présumée d'adoption fictive qui aurait permis à Kryvonos d'échapper à ses responsabilités, et une seconde suspicion visant une personne non nommée proche du chef du parquet anticorruption.