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Analyse : plus de 176 000 tonnes de carburant chargées dans des ports sud-coréens vers la Russie malgré le soutien affiché à l'Ukraine

Une analyse du Guardian révèle qu'en juillet et août, sept tankers — dont trois sous sanctions britanniques et européennes — ont chargé plus de 176 000 tonnes de carburant, principalement du diesel, dans des ports sud-coréens pour 14 voyages vers l'Extrême-Orient russe. Selon Kpler, la Corée du Sud a représenté environ 31 % des importations maritimes russes de produits pétroliers en août. La Corée du Sud refuse de livrer des armes létales à l'Ukraine tout en lui ayant promis 2,3 milliards de dollars en 2023.

L'essentiel

  • Plus de 176 000 tonnes de carburant, surtout du diesel, chargées en juillet et août sur sept tankers ayant effectué 14 voyages vers l'Extrême-Orient russe.
  • Trois des sept tankers étaient sous sanctions du Royaume-Uni et de l'UE ; l'un a reçu sa cargaison par transbordement en mer au large de la Corée du Sud.
  • Le Layla, sous sanctions, a transporté 57 000 tonnes depuis Ulsan vers Vladivostok les 19 juillet et 10 août.
  • L'Astoria (pavillon russe, sous sanctions de l'UE et de l'Australie) a chargé près de 11 000 tonnes le 1er août en déclarant le Japon comme destination avant de rallier Vladivostok.
  • La Corée du Sud a fourni environ 31 % des importations maritimes russes de produits pétroliers en août ; seuls les achats indiens étaient supérieurs.
  • La Corée du Sud a promis 2,3 milliards de dollars à l'Ukraine en 2023 mais refuse de livrer des armes létales, conformément à sa pratique.
  • L'Agence internationale de l'énergie signale une chute d'environ 30 % de la production russe de diesel sur un an, contraignant Moscou à importer.

Pourquoi c’est important

La Corée du Sud affiche un soutien politique et financier à l'Ukraine — 2,3 milliards de dollars promis en 2023 et de l'aide humanitaire — tout en devenant simultanément l'un des principaux points de départ de carburants destinés à la Russie via des navires eux-mêmes sous sanctions britanniques ou européennes. L'analyse du Kpler la place à environ 31 % des importations maritimes russes de produits pétroliers en août. Selon l'AIE, la production russe de diesel a chuté d'environ 30 % sur un an, ce qui rend ces importations cruciales pour l'effort de guerre russe. Le commerce ne semble pas contrevenir au droit sud-coréen, ce qui met en évidence un décalage entre l'alignement politique sur la coalition des sanctions et les restrictions juridiques nationales.

Ce qui s’est passé

Selon une analyse du Guardian fondée sur des registres portuaires, des données de suivi des navires et les chiffres de Kpler, plus de 176 000 tonnes de carburant, principalement du diesel, ont été chargées en juillet et août dans plusieurs ports sud-coréens à destination de sept tankers effectuant 14 voyages vers l'Extrême-Orient russe. Trois de ces sept navires étaient déjà sous sanctions du Royaume-Uni et de l'UE ; un a reçu sa cargaison par transbordement de navire à navire dans les eaux sud-coréennes. Le plus important, le Layla, sous sanctions, a réalisé deux trajets depuis Ulsan vers Vladivostok (19 juillet et 10 août) avec 57 000 tonnes au total, en déclarant Niigata au Japon comme destination lors du second voyage. L'Astoria, sous pavillon russe et visé par des sanctions de l'UE et de l'Australie, a chargé près de 11 000 tonnes à Ulsan le 1er août en déclarant le Japon comme destination avant de mettre le cap sur Vladivostok. Le Chongchon, également sous sanctions, n'est jamais entré au port : il a reçu environ 26 000 tonnes du Celeste I (non visé) au mouillage près de Yeosu, puis a rallié Vladivostok en ayant déclaré Singapour. Les acheteurs identifiés par Kpler incluent la compagnie pétrolière d'État russe Rosneft (sous sanctions britanniques, américaines, européennes et australiennes) ainsi que le groupe NNK, dont le propriétaire Eduard Khoudainatov et NNK-Oil sont sous sanctions britanniques. En août, la Russie a importé par voie maritime 368 000 tonnes de produits pétroliers — un record mensuel depuis le début de l'invasion à grande échelle —, dont 112 000 tonnes (environ 31 %) en provenance de Corée du Sud, selon Kpler. La Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense affirme que Moscou a été contrainte d'importer des produits pétroliers pour soutenir sa machine de guerre. Isaac Levi, analyste au Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), a déclaré que ces chargements fragilisent le régime des sanctions et le soutien sud-coréen à l'Ukraine. Les propriétaires et opérateurs de quatre tankers n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Ce qu’en disent les sources ukrainiennes

Les deux articles ukrainiens reprennent l'enquête du Guardian et insistent sur la contradiction entre le soutien affiché par la Corée du Sud à l'Ukraine et son rôle de fournisseur de carburant à la Russie. Ils citent la Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense pour présenter les importations russes de produits pétroliers comme nécessaires à l'effort de guerre russe. Ils replacent ces exportations dans le contexte d'une autre friction avec Séoul autour du transfert de deux prisonniers de guerre nord-coréens d'Ukraine vers la Corée du Sud.

Ce qu’en disent les sources internationales

L'enquête émane du Guardian, média international dont l'analyse repose sur des registres portuaires, des données de suivi AIS et les données de Kpler, et qui cite l'analyste CREA Isaac Levi. Le journal aborde la question comme un problème d'application des sanctions et de cohérence pour Séoul, tout en notant que le commerce ne semble pas enfreindre le droit sud-coréen. Il se limite, sur le différend relatif aux prisonniers nord-coréens, à rapporter la position de Séoul selon laquelle le transfert devait rester confidentiel.

Là où les récits divergent

Séoul affirme que l'Ukraine a enfreint un accord sur la confidentialité du transfert de deux prisonniers nord-coréens ; des médias ukrainiens, citant une source à l'Office de la présidence, rapportent que Kiev nie l'existence d'un tel accord de confidentialité.

Contexte

La Corée du Sud a promis 2,3 milliards de dollars à l'Ukraine en 2023, essentiellement sous forme de prêts, et a fourni une aide humanitaire ainsi que des équipements militaires non létaux, tout en refusant de livrer des armes létales. La Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense a déclaré que Moscou a été contrainte d'importer des produits pétroliers pour soutenir sa machine de guerre. Selon Kpler, les acheteurs du carburant comprenaient la compagnie pétrolière d'État russe Rosneft et le groupe NNK, dont le propriétaire Eduard Khoudainatov et NNK-Oil sont sous sanctions britanniques. Le dossier des exportations s'inscrit en outre dans une dispute distincte concernant le transfert par la Corée du Sud de deux prisonniers de guerre nord-coréens depuis l'Ukraine — un transfert que Séoul souhaitait garder confidentiel.