La Chambre américaine adopte le « Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act » qui impose des droits de douane de 100% aux acheteurs d'énergie russe
La Chambre des représentants américaine a approuvé le 16 septembre le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026, qui impose des sanctions étendues à la Russie et élargit celles contre l'Iran, et autorise le président Donald Trump à imposer des droits de douane allant jusqu'à 100% aux pays parmi les cinq plus grands acheteurs de pétrole ou de gaz russe. Le texte, déjà adopté par le Sénat en août, a été envoyé à Trump pour signature. La Chine et l'Inde, principaux acheteurs de l'énergie russe, ainsi que la Turquie, le Japon, la Slovaquie et la Hongrie pourraient être concernés. Kiev a salué la mesure, Moscou l'a qualifiée d'« étape inamicale ».
L'essentiel
- La Chambre des représentants a adopté le texte par 262 voix contre 159, lors d'un vote dans la nuit du 16 au 17 septembre (heure de Kiev).
- Le Sénat avait approuvé le projet le 7 août par 86 voix contre 11 ; 58 députés démocrates ont rompu avec la position de Hakeem Jeffries pour voter en faveur.
- Le texte est nommé d'après le sénateur Lindsey Graham, décédé en juillet 2026, qui l'avait co-rédigé avec Richard Blumenthal.
- Il prévoit des sanctions contre la direction russe, les oligarques, les banques, les entreprises énergétiques et la flotte fantôme, et élargit les sanctions contre l'Iran.
- Le président est autorisé à imposer jusqu'à 100% de droits de douane aux cinq plus grands importateurs de pétrole ou de gaz russe (article 113), avec des clauses d'ajustement si ces pays réduisent leurs achats.
- La Maison-Blanche a confirmé que Trump prévoit de signer le texte dans les jours à venir.
- La Chine, l'Inde, la Turquie, le Japon, la Slovaquie et la Hongrie figurent parmi les pays potentiellement affectés par le mécanisme tarifaire.
Pourquoi c’est important
Le texte impose un régime de sanctions inédit à la Russie — direction politique, oligarques, banques, secteur énergétique et flotte fantôme — et élargit les sanctions contre l'Iran. Surtout, il donne au président américain le pouvoir d'imposer jusqu'à 100% de droits de douane aux cinq plus grands importateurs d'hydrocarbures russes, un levier qui touche directement la Chine et l'Inde, premiers acheteurs, mais aussi la Turquie, le Japon, la Slovaquie et la Hongrie. En combinant sanctions directes sur l'économie russe et tarifaires sur ses clients, Washington cherche à tarir les revenus qui alimentent l'effort de guerre. Pour Kiev, il s'agit de la première mesure d'envergure du Congrès américain en faveur de l'Ukraine depuis près de deux ans.
Ce qui s’est passé
Dans la nuit du 16 au 17 septembre 2026 (heure de Kiev), la Chambre des représentants des États-Unis a adopté par 262 voix contre 159 le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026. Le Sénat l'avait déjà approuvé le 7 août par 86 voix contre 11. Le texte, co-rédigé à l'origine par le sénateur Lindsey Graham et le sénateur Richard Blumenthal, porte le nom du républicain décédé en juillet 2026.
Le projet impose des sanctions obligatoires contre la haute direction russe, les oligarques et leurs familles, les entreprises des secteurs bancaire et énergétique ainsi que la flotte fantôme de pétroliers. Il élargit par ailleurs le régime de sanctions contre l'Iran. Surtout, son article 113 autorise le président à imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% sur les importations en provenance des cinq plus grands acheteurs de pétrole ou de gaz naturel russes qui poursuivent ces achats, avec des clauses d'ajustement si ces pays réduisent leurs importations ou s'ils représentent moins de 15% des exportations russes de gaz.
La Maison-Blanche a confirmé que Donald Trump prévoyait de signer le texte dans les jours suivants. Du côté américain, 58 démocrates de la Chambre ont rompu avec la position de leur chef de file Hakeem Jeffries, qui jugeait le texte trop large ; le député new-yorkais Gregory Meeks a également exprimé son opposition.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les sources ukrainiennes saluent largement le texte comme une victoire majeure. Le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha l'a qualifié de « bonne réponse » au refus de la Russie de cesser ses attaques. Le commissaire présidentiel pour la politique de sanctions Vladyslav Vlasiuk a parlé de sanctions « infernales » et souligné que les revenus énergétiques russes financent la production de missiles et de drones, l'achat de composants étrangers et la compensation des pertes au front. Il a également insisté sur la coopération militaro-industrielle entre la Russie et l'Iran, qui justifie, selon lui, le volet iranien du texte.
Plusieurs articles relient les sanctions aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, présentées comme un complément qui rend les exportations énergétiques russes plus coûteuses et complexes. Toutefois, l'expert Oleksandr Khara, directeur du Centre des stratégies de défense, note que Trump dispose déjà de pouvoirs exécutifs suffisants et que l'adoption du texte ne garantit pas qu'il sera effectivement appliqué contre la Russie.
Ce qu’en disent les sources internationales
Les réactions internationales divergent fortement. Pékin, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères Guo Jiakun, a dénoncé une « juridiction extraterritoriale » sans fondement en droit international et affirmé que la coopération sino-russe « ne devait pas être perturbée par une tierce partie ». New Delhi a pris acte du texte et averti qu'il pourrait affecter négativement les relations bilatérales ainsi que le marché mondial de l'énergie, tout en se disant déterminé à protéger ses intérêts commerciaux. Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a, à l'inverse, salué un signal clair adressé à Moscou. Le parlementaire hongrois Márton Hajdu a demandé une exemption pour la Hongrie en raison de sa dépendance énergétique.
Du côté russe, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a qualifié l'adoption du texte d'« étape inamicale » et affirmé que des sanctions supplémentaires compliqueraient la recherche d'un règlement pacifique.
Là où les récits divergent
Trois lignes de fracture ressortent des sources. Premièrement, l'efficacité du texte est débattue : les responsables ukrainiens et l'ancien diplomate américain Daniel Fried y voient un levier puissant, voire une « punition de Poutine », tandis que l'expert ukrainien Oleksandr Khara rappelle que Trump dispose déjà de pouvoirs exécutifs et que l'adoption ne garantit pas l'application effective des sanctions.
Deuxièmement, le Congrès américain est divisé : Hakeem Jeffries et Gregory Meeks ont voté contre, estimant le texte trop souple et offrant trop de latitude à la Maison-Blanche sur les tarifs, mais 58 démocrates de la Chambre ont fait volte-face et soutenu le texte.
Troisièmement, les capitales concernées réagissent très différemment : Pékin et New Delhi rejettent la mesure, Berlin l'approuve, et Budapest cherche une exemption.
Contexte
Le mécanisme tarifaire (article 113) est limité aux cinq plus grands importateurs de pétrole et de gaz russes, avec des clauses d'ajustement si ces pays réduisent ou cessent leurs achats. Une version antérieure du projet, présentée au Sénat en avril 2025, prévoyait des droits de douane de 500% ; la version finale plafonne ce taux à 100%. Les États membres de l'UE sont déjà tenus de cesser leurs achats de pétrole et de gaz russes d'ici fin 2027. La Chine et la Russie ont échangé plus de 240 milliards de dollars de biens en 2024, pour l'essentiel en monnaies nationales, Pékin aidant Moscou à atténuer l'impact des sanctions occidentales. L'Inde est le troisième importateur mondial de pétrole et l'un des premiers acheteurs de brut russe.