Un suspect ukrainien dans le sabotage de Nord Stream demande l'asile en Croatie
Le ressortissant ukrainien Volodymyr Jouravlov, soupçonné par l'Allemagne d'avoir participé au sabotage des gazoducs Nord Stream en 2022, a déposé une demande d'asile politique en Croatie, où il est détenu dans le cadre d'une procédure d'extradition vers l'Allemagne. Son avocat indique que la demande d'asile ne suspend pas automatiquement la procédure d'extradition, et que la défense fait appel de la décision d'extradition rendue par le tribunal de district de Pula.
L'essentiel
- Volodymyr Jouravlov, suspecté par l'Allemagne dans le sabotage de Nord Stream, a demandé l'asile politique en Croatie.
- Il a justifié sa demande en déclarant ne pas s'attendre à un procès équitable en Allemagne.
- Son avocat, Mykola Katerynchuk, a précisé que la demande d'asile n'arrête pas automatiquement la procédure d'extradition.
- Jouravlov avait été arrêté à Pula le 19 août sur la base d'un mandat d'arrêt européen émis par l'Allemagne.
- Le tribunal de district de Pula a autorisé son extradition vers l'Allemagne, décision que la défense conteste en appel.
- L'avocat a qualifié la décision d'extradition du tribunal de Pula de « partiale » et « politique ».
Pourquoi c’est important
Jouravlov est l'un des rares suspects ukrainiens du sabotage de Nord Stream à avoir été publiquement identifiés et détenus en Europe. Sa demande d'asile et la procédure d'extradition croate ouvrent un bras de fer juridique parallèle sur son transfert vers l'Allemagne. La Pologne a déjà refusé son extradition en octobre 2025, illustrant les divergences entre partenaires européens sur le traitement des suspects dans cette affaire. Le parquet allemand évoque une « trace étatique ukrainienne » dans le sabotage, ce que le parquet général d'Ukraine conteste, maintenant le sujet politiquement sensible entre Kyiv et Berlin.
Ce qui s’est passé
Volodymyr Jouravlov, ressortissant ukrainien soupçonné par l'Allemagne d'avoir participé au sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 dans la mer Baltique en septembre 2022, a déposé une demande d'asile politique en Croatie. L'information a été communiquée par son avocat, Mykola Katerynchuk, qui a précisé que son client justifiait cette demande par l'absence de perspective d'un procès équitable en Allemagne. Jouravlov avait été arrêté le 19 août à Pula, en Croatie, en vertu d'un mandat d'arrêt européen émis par la justice allemande. Le tribunal de district de Pula a autorisé son extradition vers l'Allemagne ; la défense a annoncé faire appel de cette décision, que l'avocat qualifie de « partiale » et « politique ». Selon Katerynchuk, la demande d'asile ne suspend pas automatiquement la procédure d'extradition.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les sources ukrainiennes — Babel, Suspilne, Ukrainska Pravda, hromadske, ZN.UA, LIGA.net, Radio Liberty — rapportent l'affaire principalement à travers la voix de la défense (l'avocat Mykola Katerynchuk) et insistent sur le fait que la décision du tribunal de Pula est jugée « partiale » et « politique ». Elles rappellent également que la Pologne a déjà refusé l'extradition de Jouravlov en octobre 2025, Donald Tusk et Waldemar Żurek s'étant publiquement opposés à son transfert, ce qui est présenté comme un précédent favorable. La couverture met en parallèle les affirmations du parquet allemand sur une « trace étatique ukrainienne » et la position du parquet général d'Ukraine, qui affirme n'avoir trouvé aucune preuve d'implication ukrainienne, des autorités ou de responsables officiels dans le sabotage.
Là où les récits divergent
Le nombre de citoyens ukrainiens visés par des mandats d'arrêt allemands dans l'affaire Nord Stream varie selon les sources : la plupart en recensent six, quelques-unes cinq. Le nombre de mandats d'arrêt européens à la base de la procédure croate contre Jouravlov est également discuté : un seul mandat selon certaines sources, deux selon d'autres (l'un pour sabotage anticonstitutionnel, explosion intentionnelle et destruction d'infrastructures ; l'autre pour un crime de guerre lié à des dommages à des objets civils). Les sources divergent aussi sur la chronologie entre l'ordonnance de détention préventive du 20 juillet et la décision d'extradition rendue en septembre par le tribunal de Pula. Enfin, l'existence d'une « trace étatique ukrainienne » affirmée par les procureurs allemands est en contradiction directe avec les conclusions du parquet général d'Ukraine, qui dit n'avoir trouvé aucune preuve d'implication ukrainienne.
Contexte
Dans la nuit du 26 septembre 2022, trois des quatre conduites des gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 ont été endommagées par des explosions sur le fond de la mer Baltique ; les gazoducs n'étaient pas en service à ce moment-là mais contenaient du gaz technique. En août 2025, des médias allemands (Die Zeit, ARD, Süddeutsche Zeitung) ont rapporté que toutes les personnes suspectes avaient été identifiées et que des mandats d'arrêt avaient été émis contre plusieurs ressortissants ukrainiens, dont le principal suspect, Serhiy Kouznetsov, présenté comme le coordinateur présumé du groupe. Kouznetsov a été arrêté en Italie en août 2025, extradé vers l'Allemagne en novembre 2025, et formellement inculpé le 1er juillet 2026 ; il conteste les charges et son procès est prévu à Hambourg fin octobre. Le Danemark et la Suède avaient clos leurs propres enquêtes en 2024, invoquant l'absence de motifs pour engager des poursuites. En 2024, les autorités allemandes avaient tenté d'arrêter Jouravlov en Pologne ; il aurait ensuite gagné l'Ukraine, avant d'être de nouveau interpellé à Pruszków le 30 septembre 2025. Un tribunal de Varsovie a refusé son extradition en octobre 2025 et ordonné sa remise en liberté.