Sommet du C8 à Bukovel : l'Ukraine lance un format régional, la Hongrie refuse d'y adhérer
L'Ukraine a accueilli les 18 et 19 septembre à Bukovel le sommet inaugural du « C8 » (Carpates Huit), un nouveau format qu'elle a conçu pour unir autour d'elle la Roumanie, la Serbie, la Pologne, la Slovaquie, la Tchéquie, l'Autriche, la Hongrie et l'UE. Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a annoncé que la Hongrie déclinait l'invitation à rejoindre le format. Au programme : lancement d'une « Coalition ferroviaire » pour soutenir Ukrzaliznytsia, accords avec la BERD et le fonds URTF, et un mémorandum Naftogaz–MOL sur le stockage de produits pétroliers que Budapest a publiquement rejeté.
L'essentiel
- Sommet C8 tenu à Bukovel les 18 et 19 septembre.
- Format lancé par Zelensky le 18 septembre ; vise la coopération en sécurité, énergie, logistique, économie transfrontalière et soutien aux communautés.
- La Hongrie a décliné l'invitation, selon Magyar évoquant de « bonnes raisons » non précisées ; seul l'adjoint à l'ambassadeur à Kiev était présent.
- Création d'une « Coalition ferroviaire » pour soutenir Ukrzaliznytsia, venant s'ajouter à la « Coalition of the Willing » et à la « Coalition of the Capabilities ».
- Première mission de la Coalition ferroviaire : 100 millions de dollars du fonds URTF pour acheter des locomotives d'occasion à l'étranger.
- Accord de principe avec la BERD pour 130 millions d'euros dans le cadre d'UZ Energy, dédié aux besoins critiques et à la résilience énergétique du chemin de fer.
- Mémorandum Naftogaz–MOL sur des installations de stockage près de la frontière en Hongrie, rejeté publiquement par Magyar comme conclu sans l'accord de son gouvernement.
Pourquoi c’est important
Le C8 est la première tentative ukrainienne pour créer un format de coopération régionale centré sur les Carpates, dépassant le cadre bilatéral vers une plateforme multilatérale économique et de sécurité. Il s'agit aussi du premier grand format régional européen lié à l'Ukraine lancé sous le gouvernement de Péter Magyar et du premier refus formel hongrois de participer à un tel format. Sur le plan matériel, le sommet a produit des livrables concrets — Coalition ferroviaire, accord BERD de 130 millions d'euros, achat de locomotives via le fonds URTF à hauteur d'environ 100 millions de dollars — qui répondent aux dommages de guerre subis par le rail ukrainien. Le mémorandum Naftogaz–MOL sur le stockage de produits pétroliers a toutefois révélé un point de friction durable dans les relations ukraino-hongroises après la transition Orbán–Magyar.
Ce qui s’est passé
Les 18 et 19 septembre, l'Ukraine a tenu à Bukovel le premier sommet du format « Carpates Huit » (C8), réunissant autour d'elle la Roumanie, la Serbie, la Pologne, la Slovaquie, la Tchéquie, l'Autriche, la Hongrie et l'Union européenne. Le président Volodymyr Zelensky a présenté le C8 le 18 septembre comme un cadre de coopération dans les domaines de la sécurité, de l'énergie, de la logistique, de l'économie transfrontalière et du soutien aux communautés. Selon Viktor Mykyta, vice-chef du Bureau de la présidence, le concept vise aussi une coopération au niveau des régions.
Au sommet a été décidée la création d'une nouvelle « Coalition ferroviaire » destinée à soutenir Ukrzaliznytsia, en complément de la « Coalition of the Willing » et de la « Coalition of the Capabilities ». Le ministre de la Restauration, des Infrastructures et des Transports Mykola Kalashnyk a indiqué que la Coalition couvrira locomotives, financement, résilience énergétique et modernisation, et qu'environ 100 millions de dollars du fonds URTF serviront à acheter des locomotives d'occasion à l'étranger ; un accord de principe a également été conclu avec la BERD pour orienter 130 millions d'euros, dans le cadre d'UZ Energy, vers les besoins critiques et la résilience énergétique du rail. Kalashnyk a rappelé que 533 locomotives d'Ukrzaliznytsia et 75 locomotives industrielles privées ont été endommagées depuis le début de l'invasion à grande échelle. Une déclaration finale a été adoptée par les chefs d'État et de gouvernement ou représentants de l'Ukraine, de l'Autriche, de la Pologne, de la Roumanie, de la Serbie et de la Slovaquie.
La Hongrie s'est distinguée par son absence : le Premier ministre Péter Magyar a déclaré au Parlement que Budapest avait reçu l'invitation à rejoindre le C8 et l'avait déclinée pour de « bonnes raisons » non précisées. Seul l'adjoint à l'ambassadeur hongrois à Kiev était physiquement présent au sommet. Le 20 septembre, Naftogaz a annoncé un mémorandum d'accord avec MOL sur la construction d'installations de stockage de produits pétroliers près de la frontière sur le territoire hongrois, présenté comme l'un des accords conclus lors du Forum économique des Carpates dans le cadre du C8. Magyar a rejeté ce mémorandum publiquement, affirmant que MOL avait agi sans le consentement du gouvernement hongrois.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
La presse ukrainienne met l'accent sur l'ampleur du rassemblement — un quasi-gouvernement complet, les partenaires internationaux et le monde des affaires — et présente le C8 comme un format régional initié et porté par l'Ukraine, faisant de Kiev un acteur moteur plutôt qu'un demandeur de fonds européens. Les médias soulignent les livrables économiques concrets : Coalition ferroviaire, achat de locomotives via URTF (environ 100 millions de dollars), accord BERD de 130 millions d'euros pour UZ Energy, et quelque 1 milliard d'euros de projets d'investissement et de commerce préparés. L'absence de la Hongrie est traitée comme une note procédurale sans remettre en cause la portée du format, et le mémorandum Naftogaz–MOL est présenté comme un résultat économique positif. L'ensemble est inscrit dans un récit de résilience en temps de guerre : locomotives endommagées, résilience énergétique du rail et soutien transfrontalier aux communautés.
Là où les récits divergent
Deux divergences principales apparaissent entre les sources. D'une part, le statut de la Hongrie : selon Péter Magyar, Budapest a reçu et décliné l'invitation à rejoindre le C8 et « ne participe pas » au format, alors que des médias hongrois et les organisateurs du sommet ont continué à mentionner la Hongrie parmi les pays participants ; sur place, la Hongrie n'était représentée que par son adjoint à l'ambassadeur à Kiev. D'autre part, le mémorandum Naftogaz–MOL sur le stockage de produits pétroliers : Naftogaz et la partie ukrainienne le présentent comme un accord contraignant conclu lors du Forum économique des Carpates, tandis que Magyar l'a publiquement rejeté, affirmant que MOL a négocié sans l'accord du gouvernement hongrois et qu'aucune installation ukrainienne de stockage ne verra le jour en Hongrie.
Contexte
Le système ferroviaire ukrainien est, depuis le début de l'invasion à grande échelle, un pilier logistique du pays : le ministre Mykola Kalashnyk a rappelé que 533 locomotives d'Ukrzaliznytsia et 75 locomotives d'entreprises industrielles privées ont été endommagées. Le C8 vient s'ajouter à d'autres formats internationaux déjà en place autour de l'Ukraine, à savoir la « Coalition of the Willing » et la « Coalition of the Capabilities », aux côtés desquels s'inscrit désormais la « Coalition ferroviaire ».
Sur le plan politique, Péter Magyar a remplacé Viktor Orbán à la tête du gouvernement hongrois en mai 2025. La Hongrie continue néanmoins d'acheter des ressources énergétiques russes et soulève la question des Hongrois de Transcarpatie dans le contexte de l'adhésion de l'Ukraine à l'UE. Le ministre hongrois de l'Économie et de l'Énergie a indiqué que le pays peut couvrir ses besoins en gaz sans livraisons russes jusqu'en octobre 2027 et cherche de nouvelles routes d'importation ainsi que des achats de GNL.