La Russie organise ses législatives pour la première fois dans les territoires ukrainiens occupés
La Russie a tenu les élections à la Douma d'État du 18 au 20 septembre 2026, y compris dans les territoires ukrainiens occupés qu'elle a annexés depuis 2022 — Donetsk, Louhansk, Zaporijjia, Kherson ainsi que la Crimée. Kiev et Bruxelles ont condamné un scrutin illégal, décrit comme un nouveau violation du droit international, et des organisations ukrainiennes ont signalé des pressions sur les électeurs.
L'essentiel
- Élections à la Douma tenues du 18 au 20 septembre 2026, y compris dans les oblasts occupés de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, ainsi qu'en Crimée occupée et à Sébastopol.
- Premier scrutin parlementaire russe organisé pendant la guerre à grande échelle et premier vote sur ces territoires depuis le début de l'invasion.
- L'annexion de septembre 2022 n'a reçu aucune reconnaissance internationale et la Russie ne contrôle pas pleinement ces oblasts.
- La Commission électorale centrale d'Ukraine, le ministère des Affaires étrangères et le SBU ont déclaré le scrutin illégal ; le SBU a averti que l'organisation du vote est passible de jusqu'à 10 ans de prison avec confiscation des biens.
- L'Union européenne, par la voix du porte-parole Christian Wigand, a déclaré qu'elle ne reconnaît et ne reconnaîtra jamais ni ce scrutin ni ses résultats.
- Des organisations ukrainiennes de défense des droits ont signalé la présence de soldats armés russes aux bureaux de vote, des visites à domicile par les commissions électorales accompagnées de militaires, des menaces de licenciement pour les employés du secteur public et des risques de perte de prestations sociales pour les retraités et personnes handicapées.
- Le vote s'est tenu sur trois jours (et en amont dans les territoires occupés depuis fin août) avec onze circonscriptions uninominales créées illégalement par la Russie dans les territoires occupés.
Pourquoi c’est important
En organisant un scrutin législatif russe sur des territoires ukrainiens qu'elle ne contrôle pas pleinement et dont l'annexion n'est reconnue par aucun État, Moscou cherche à donner une apparence de légitimité à son emprise. Pour Kiev et ses partenaires, ce vote constitue une nouvelle violation du droit international et un précédent dangereux dans toute négociation future sur le statut des terres occupées.
Ce qui s’est passé
La Russie a tenu les élections à la Douma d'État du 18 au 20 septembre 2026. Selon le scénario officiel, les opérations de vote ont été étendues aux territoires ukrainiens occupés que Moscou avait déclarés annexés en septembre 2022 — les parties occupées des oblasts de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia — ainsi qu'à la Crimée occupée et à Sébastopol. La Commission électorale centrale russe avait créé illégalement onze circonscriptions uninominales dans ces territoires. Sur les territoires occupés ukrainiens, le vote avait déjà commencé fin août ; la période prolongée a été justifiée par Moscou par des raisons de sécurité. Plus de 3,5 millions d'électeurs étaient officiellement recensés dans ces régions selon les autorités russes. Vladimir Poutine a présenté la participation comme un acte de « réunification avec la Russie », et affirmé que des militaires russes combattant en Ukraine prenaient part au scrutin. Dans la « DNR », la commission électorale a annoncé un taux de participation de 80,88 % le deuxième jour et des bureaux de vote ouverts en mode réduit (de 8 h à 14 h). Toujours selon les données de la CEC russe portant sur 95,18 % des procès-verbaux, « Russie unie » aurait obtenu 57,83 % des voix. Des journalistes ukrainiens et des défenseurs des droits ont toutefois signalé des pressions : soldats russes armés présents dans les bureaux de vote, visites à domicile des commissions électorales escortées par les forces de sécurité, menaces de licenciement pour les employés du secteur public, et risque pour les retraités et personnes handicapées d'être inscrits sur des listes « déloyales » et de perdre leurs prestations. À Kherson occupée, le journaliste Oleh Baturine a signalé une affluence très faible, seuls des individus isolés s'étant présentés. L'Ukraine et l'Union européenne ont condamné le scrutin : la Commission électorale centrale d'Ukraine a adopté une résolution déclarant illégitime la préparation et la tenue du vote, le ministère des Affaires étrangères l'a qualifié de « farce », et le SBU a averti que l'organisation des élections est passible de jusqu'à 10 ans d'emprisonnement avec confiscation des biens au titre de la partie 5 de l'article 111-1 du Code pénal. Une coalition de neuf organisations ukrainiennes de défense des droits a demandé aux résidents de ne pas se rendre aux bureaux de vote.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les sources ukrainiennes traitent ces élections comme un simulacre (« pseudo-élections », « élections fictives ») et soulignent en premier lieu les méthodes coercitives : présence de militaires armés, visites à domicile, licenciements menacés, listes « déloyales » menant à la perte de prestations sociales. Elles insistent sur la réponse institutionnelle de l'Ukraine — résolution de la Commission électorale centrale, mise en garde du SBU sur les poursuites pénales, déclaration du ministère des Affaires étrangères — et présentent le scrutin comme une étape supplémentaire de « l'intégration » forcée des terres capturées dans le système russe. Plusieurs médias relèvent la faiblesse de la campagne elle-même : très peu d'agitation de rue, absence quasi totale de visibilité de « Russie unie », et comparaison dans les deux mois précédant le vote (87 mentions contre 251 avant la présidentielle russe de 2024). Le rédacteur en chef d'Ostrov, Serhiy Harmash, voit dans ces élections un « rite d'initiation » et un futur atout russe dans les négociations sur le statut des territoires.
Là où les récits divergent
Les sources font état d'écarts importants sur la participation. Dans la « DNR », la commission électorale cite 80,88 % au deuxième jour, et 75 % après le vote dit anticipé ; ailleurs, le journaliste Oleh Baturine décrit des bureaux quasiment vides dans l'oblast de Kherson occupée, avec seulement des personnes isolées qui se présentent. Les chiffres pour « Russie unie » divergent également : la CEC russe, après dépouillement de 95,18 % des procès-verbaux, annonce 57,83 %, tandis que des « sondages à la sortie des urnes » relayés par les médias d'agresseur avancent environ 50 %.
Contexte
En septembre 2022, la Russie a annoncé l'annexion des oblasts ukrainiens de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson — qu'elle ne contrôle pas entièrement — sans obtenir de reconnaissance internationale. La région de Crimée avait été annexée par Moscou en 2014, également sans reconnaissance internationale. En 2023, des pseudo-élections régionales avaient déjà été organisées dans les territoires occupés ; les législatives de septembre 2026 sont les premières élections à la Douma d'État tenues pendant la guerre à grande échelle et les premières organisées sur ces territoires depuis 2022.