La Lituanie va proposer à l'UE d'interdire le transit de céréales russes et de sanctionner des oligarques agricoles
Le Premier ministre lituanien Mindaugas Sinkevičius a annoncé que la Lituanie demandera à l'Union européenne d'interdire le transit de céréales russes sur son territoire et d'inscrire sur la liste des sanctions des oligarques russes du secteur agricole qui soutiennent la guerre. Il a parallèlement ordonné un renforcement des contrôles nationaux sur l'origine des cargaisons transitant par la Lituanie, afin d'empêcher le passage de céréales volées en Ukraine ou mélangées.
L'essentiel
- Le Premier ministre Sinkevičius a annoncé sur Facebook que la Lituanie proposerait à l'UE une interdiction du transit des céréales russes.
- La Lituanie proposera d'ajouter à la liste des sanctions des oligarques russes du secteur agricole qui soutiennent la guerre.
- Les agences lituaniennes ont reçu l'ordre de renforcer les contrôles sur l'origine des céréales pour empêcher le transit de céréales volées en Ukraine.
- La police lituanienne analyse les liens des entreprises exportatrices de céréales et leur éventuelle coopération avec des oligarques soutenant la guerre.
- Sinkevičius affirme que la Russie bombarde les terminaux portuaires ukrainiens et les navires céréaliers pour entraver les exportations ukrainiennes.
- L'Estonie interdit depuis le 1er octobre le transit de céréales russes et biélorusses ; la Lettonie a annoncé des droits de 300 % sur le transit et la transformation de céréales russes et biélorusses.
- Les exportateurs russes redirigent leurs expéditions de céréales de la mer Noire et de la mer d'Azov vers la Baltique face aux frappes ukrainiennes sur les ports russes.
Ce qui s’est passé
Le Premier ministre lituanien Mindaugas Sinkevičius a annoncé le 8 octobre 2026, dans une déclaration publiée sur Facebook, que la Lituanie proposerait à l'Union européenne d'interdire le transit de céréales russes sur le territoire de l'UE. Le pays demandera également l'inscription sur la liste des sanctions d'oligarques russes du secteur agricole qui, selon lui, soutiennent ouvertement la guerre. Au niveau national, Sinkevičius a ordonné aux agences subordonnées de renforcer les contrôles sur l'origine des céréales en transit par la Lituanie, afin d'empêcher le passage de céréales volées dans les territoires ukrainiens occupés ou de céréales mélangées avec d'autres. Les services répressifs lituaniens analysent les liens des entreprises d'exportation de céréales, vérifient le respect des sanctions existantes et leur éventuelle coopération avec des oligarques qui soutiennent et financent la guerre. Les entreprises lituaniennes d'infrastructures stratégiques réexaminent les services fournis à ces sociétés et évaluent si cette coopération représente une menace pour la sécurité nationale. La Lituanie inscrit son initiative dans un mouvement balte coordonné : l'Estonie a interdit le transit de céréales russes et biélorusses à partir du 1er octobre, la Lettonie a introduit un contrôle frontalier des céréales et annoncé des droits de 300 % sur le transit et la transformation de céréales russes et biélorusses. Sinkevičius justifie cette démarche en affirmant que la Russie bombarde les terminaux portuaires ukrainiens et les navires céréaliers pour entraver les exportations ukrainiennes, tout en utilisant les ports et infrastructures européens, y compris baltes, pour exporter ses propres céréales.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les quatre sources fournies sont ukrainiennes. Elles présentent l'annonce de Sinkevičius comme une mesure visant à bloquer le transit de céréales russes et de céréales volées dans les territoires ukrainiens occupés, et insistent sur le lien entre les routes de transit baltes et l'agression russe contre les exportations ukrainiennes. Elles relient la démarche lituanienne aux mesures prises par l'Estonie et la Lettonie, et notent que les exportateurs russes redirigent leurs cargaisons de la mer Noire et de la mer d'Azov vers la Baltique en raison des frappes ukrainiennes.
Contexte
Les sanctions européennes actuelles ne couvrent pas les produits agricoles et alimentaires russes, ce qui a permis aux céréales russes de transiter par le territoire de l'UE vers des pays tiers. En 2024, l'UE a introduit des droits sur les produits céréaliers russes et biélorusses, sans pour autant stopper pleinement leur transit vers des pays tiers. Face aux frappes ukrainiennes sur les navires et infrastructures portuaires russes en mer Noire et en mer d'Azov, les exportateurs russes ont redirigé leurs expéditions vers les ports baltes. Le 4 septembre, le gouvernement letton a autorisé le Service alimentaire et vétérinaire à inspecter les cargaisons de céréales en transit dans les ports lettons, y compris par prélèvements et analyses en laboratoire. À la fin septembre, la Saeima lettone a adopté en urgence des modifications législatives permettant l'inspection de l'origine des céréales et autres cargaisons provenant de pays tiers. Le 1er octobre, l'Estonie a interdit le transit de céréales russes et biélorusses sur son territoire. La Lettonie a annoncé des droits de 300 % sur le transit et la transformation de céréales russes et biélorusses et a élargi en août 2026 ses restrictions sur l'importation de produits agricoles et aliments pour animaux russes et biélorusses. Selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha, la Russie a sorti en 2025 plus de 2 millions de tonnes de céréales ukrainiennes des territoires temporairement occupés et les a écoulées sur les marchés d'Afrique, d'Asie, du Moyen-Orient et d'Europe, en utilisant les ports de la mer d'Azov et de la mer Noire et une « flotte céréalière fantôme ».