Cinq personnes inculpées aux États-Unis pour un réseau d'assassinats commandités lié aux services russes
Le ministère américain de la Justice a annoncé le 16 septembre l'inculpation de cinq personnes, dont deux ressortissants russes liés aux services de renseignement russes, pour financement du terrorisme et participation à un réseau (« RIS ») accusé d'avoir suivi des dissidents russes aux États-Unis et en Europe et planifié des assassinats commandités ainsi que des sabotages, notamment contre des cibles à Washington et en Lituanie. Trois des accusés sont également poursuivis pour conspiration en vue d'un meurtre commandité. Le réseau est actif depuis au moins 2024 selon l'acte d'accusation, et tous les inculpés restent en fuite.
L'essentiel
- Inculpation de cinq personnes annoncée le 16 septembre par la procureure du district sud de New York; tous les accusés sont en fuite.
- Les cinq sont poursuivis pour conspiration en vue de financer le terrorisme, passible de 20 ans de prison; trois d'entre eux sont aussi inculpés de conspiration pour meurtre commandité.
- Le réseau, désigné « RIS », aurait suivi des dissidents russes aux États-Unis et en Europe depuis au moins 2024 et planifié des sabotages contre des pays soutenant l'Ukraine.
- Les principaux inculpés: Iouri Khrameïev (63 ans), ex-colonel des services spéciaux russes; Kirill Khrameïev (27 ans), officier du FSB et fils du précédent; Oemis Romagosa Durruti (35 ans), ressortissant cubain résidant en Russie; Yaidel Delgado Suarez (35 ans, « Viking »), Cubain recrutateur; Angel Eduardo Castro (22 ans), Vénézuélien.
- Offre de 40 000 dollars pour l'assassinat d'un dissident russe à Washington (« Victim-1 »), et de 25 000 dollars pour celui d'un dissident en Lituanie (« Victim-2 »); des missions de sabotage de substitution (incendies d'entrepôts, cocktails Molotov contre des sous-stations électriques) étaient proposées.
- Atteintes passées évoquées: un attentat à l'incendie contre des bus à Prague en juin 2024 (auteur condamné à huit ans) et une tentative d'incendie contre l'usine TVC Solutions de Šiauliai, en Lituanie, qui fabrique des équipements pour l'Ukraine.
- Les noms des deux dissidents visés n'ont pas été rendus publics.
Pourquoi c’est important
L'acte d'accusation décrit un réseau transnational lié au renseignement russe qui aurait à la fois chassé des dissidents russes à l'étranger et planifié des sabotages contre des pays soutenant l'Ukraine, dont l'un des sites visés (TVC Solutions en Lituanie) produit du matériel destiné à l'Ukraine. Il rattache directement les opérations à d'anciens et actuels officiers russes, y compris un officier du FSB, ce qui constitue une nouvelle pièce à charge publique pointant Moscou. Trois des accusés sont aussi poursuivis pour conspiration en vue de meurtre commandité en plus du financement du terrorisme, et tous demeurent en fuite, ce qui rend le dossier opérationnel et non purement historique.
Ce qui s’est passé
Le parquet fédéral du district sud de New York a rendu public un acte d'accusation visant cinq personnes présentées comme membres d'un réseau surnommé « RIS », actif selon l'inculpation depuis au moins 2024. Les cinq sont poursuivis pour conspiration en vue de financer le terrorisme (jusqu'à 20 ans de réclusion). Trois d'entre eux — Iouri Khrameïev, Yaidel Delgado Suarez et Angel Eduardo Castro — sont en outre inculpés de conspiration pour meurtre commandité.
Le noyau du réseau est composé d'Iouri Khrameïev, 63 ans, ancien colonel des services spéciaux russes alias « Colonel Iouri »; de son fils Kirill Khrameïev, 27 ans, officier du FSB; et du Cubain Oemis Romagosa Durruti, 35 ans, résidant en Russie, présenté comme un coordinateur d'attaques. Suarez, 35 ans, Cubain alias « Viking », et Castro, 22 ans, Vénézuélien, sont identifiés comme recruteurs.
Selon l'acte d'accusation, à l'été 2026, Suarez et Castro ont recruté un résident américain et lui ont proposé 40 000 dollars pour « éliminer » ou faire « disparaître » un dissident russe bien connu basé à Washington, désigné « Victim-1 ». Une offre de 1 000 à 1 500 dollars avait été faite pour la surveillance préalable. L'été dernier, le même réseau aurait approché un autre citoyen américain pour surveiller puis tuer un dissident russe résidant en Lituanie (« Victim-2 »); Kirill Khrameïev l'a d'abord recruté pour de la surveillance, puis l'a présenté à son père Iouri, qui a proposé environ 25 000 dollars et a suggéré qu'on pouvait tuer la cible avec un couteau ou un cocktail Molotov. Quand cet Américain a refusé, Iouri Khrameïev lui a proposé un « travail plus facile »: incendier un entrepôt ou lancer un cocktail Molotov contre une sous-station électrique, dans le but de s'en prendre à « tous les pays qui aident l'Ukraine ».
L'acte d'accusation rattache en outre le réseau à des opérations antérieures: en juin 2024, Durruti aurait coordonné un sabotage à Prague — un ressortissant colombien a été arrêté après avoir incendié des bus et condamné à huit ans de prison; en septembre 2024, une tentative d'incendie aurait visé l'usine TVC Solutions de Šiauliai, en Lituanie, qui fabrique des équipements pour l'Ukraine.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les sources ukrainiennes (NV, Babel, LIGA.net, hromadske, Radio Svoboda, Novynarnia) rapportent toutes l'inculpation à partir du point de vue de l'action répressive américaine, mais elles cadrent le sujet à travers le prisme de la guerre. Les titres insistent sur le fait que le réseau ciblait des « alliés de l'Ukraine » et des pays « qui aident l'Ukraine », et non sur la traque des dissidents russes en tant que telle. Cette couverture souligne la dimension transnationale de l'opération (États-Unis, Lituanie, République tchèque, sabotage d'usines produisant des équipements pour l'Ukraine) et la présente comme une nouvelle pièce à charge contre les services russes menant des actions clandestines contre les soutiens de Kiev. Le ton est celui d'une information factuelle, sans emphase éditoriale propre.
Là où les récits divergent
Trois divergences méritent d'être notées entre les sources. Premièrement, la date de l'annonce publique: la majorité des sources et le procureur général la situent au 16 septembre, mais l'une des dépêches date l'annonce de l'acte d'accusation au 15 septembre. Deuxièmement, l'attribution du commandement: le procureur général Todd Blanche décrit les accusés comme agissant « à la direction des services de renseignement russes », alors que le procureur général adjoint à la sécurité nationale John Eisenberg dit qu'ils agissaient « à la direction du Kremlin ». Troisièmement, la composition de l'échelon supérieur du réseau: les présentations s'accordent sur le fait qu'Iouri Khrameïev, Kirill Khrameïev et Oemis Romagosa Durruti sont les trois membres « haut placés » du réseau, mais les rôles attribués à Suarez et Castro (recruteurs principaux vs coordinateurs adjoints) varient selon les comptes rendus.
Contexte
L'acte d'accusation fait remonter les activités du réseau à 2024 et les associe à des incidents antérieurs, dont l'incendie de bus à Prague en juin 2024 (auteur condamné à huit ans de prison et présenté par les autorités tchèques comme probablement recruté par la Russie) et une tentative d'incendie en septembre 2024 contre l'usine TVC Solutions de Šiauliai, en Lituanie, qui produit des équipements pour l'Ukraine. Les deux dissidents visés ne sont identifiés dans l'acte que par les appellations « Victim-1 » (un dissident à Washington) et « Victim-2 » (un dissident en Lituanie); leurs identités n'ont pas été rendues publiques. En 2025, le même réseau aurait offert 25 000 dollars pour l'assassinat de « Victim-2 »; à l'été 2026, 40 000 dollars pour celui de « Victim-1 ». Des missions de substitution — incendie d'entrepôts, attaques à coups de cocktail Molotov contre des sous-stations électriques, ciblant « les pays qui aident l'Ukraine » — étaient également discutées.