Une note confidentielle de la police fédérale allemande recense une flambée de sabotages, d'espionnage et de survols de drones suspects
Une note confidentielle du Bundeskriminalamt (BKA), rapportée par la Süddeutsche Zeitung et élaborée à partir des premiers mois d'activité du nouveau Centre commun de défense contre les menaces hybrides (GAZ-Hybrid) ouvert à Berlin mi-juin, documente une forte hausse des suspicions de sabotage et d'espionnage en Allemagne depuis le début de 2026, ainsi que plusieurs incidents récents que les enquêteurs lient à la Russie.
L'essentiel
- Plus de 165 cas suspects de sabotage enregistrés depuis le début de 2026 par les forces de l'ordre allemandes.
- Près de 750 incidents impliquant des drones suspects à proximité de sites militaires et d'infrastructures critiques ont été recensés sur la même période.
- Le parquet général fédéral et les parquets des Länder ont ouvert 24 procédures pénales pour espionnage en 2026, dont la moitié liées à des cyberopérations.
- 112 infractions liées à l'espionnage ont été enregistrées au total, dont plus de 60 impliquant des prises de vue ou films non autorisés de sites ou matériels militaires.
- Dans 26 cas, les enquêteurs soupçonnent une activité d'agents en vue de préparer des actes de sabotage : Brandebourg (23), Rhénanie-du-Nord-Westphalie (21), Schleswig-Holstein (21) et Basse-Saxe (15).
- En juillet en Bavière, un ressortissant moldave a été interpellé pour avoir espionné au drone un site du fabricant d'armement KNDS, possiblement sur instructions de services spéciaux russes.
- Le 4 août, un drone porteur d'explosifs a été découvert près d'un avion de transport Antonov ukrainien à l'aéroport de Leipzig/Halle ; trois drones au total ont été retrouvés à proximité. L'Allemagne tient officiellement la Russie pour responsable.
- Le 9 août près de l'usine de traitement de gaz de Grossenkneten (Basse-Saxe), un gardien à la recherche d'opérateurs de drone a été agressé par deux individus masqués qui ont pris la fuite.
- En juillet, un incendie sur la ligne ferroviaire Düsseldorf–Cologne a endommagé des câbles de signalisation et interrompu le trafic ; la piste du sabotage est envisagée.
- Les opérateurs de drones sont rarement interpellés par les forces de l'ordre.
Pourquoi c’est important
Le document met en évidence une intensification des activités hybrides — sabotages, espionnage et reconnaissance par drones — sur le sol allemand, ciblant en particulier les bases militaires, les sites de l'industrie de défense et les infrastructures critiques. Il souligne la vulnérabilité persistante face aux drones de reconnaissance, dont les opérateurs sont rarement identifiés. Enfin, il éclaire plusieurs incidents récents — notamment un drone explosif près d'un Antonov ukrainien à Leipzig/Halle et l'incendie de la ligne ferroviaire Düsseldorf–Cologne — que les autorités allemandes traitent comme de possibles sabotages.
Ce qui s’est passé
Une note confidentielle du Bundeskriminalamt (BKA), révélée par la Süddeutsche Zeitung, fait état d'une forte hausse des suspicions de sabotage et d'espionnage en Allemagne depuis le début de l'année 2026. Elle s'appuie sur les premiers mois d'activité du Centre commun de défense contre les menaces hybrides (GAZ-Hybrid), ouvert à Berlin mi-juin. Plus de 165 cas suspects de sabotage ont été enregistrés, ainsi que près de 750 incidents impliquant des drones suspects — totalisant 1 068 vols au-dessus d'infrastructures critiques, de bases militaires et de sites de l'industrie de défense. Le parquet général fédéral et les parquets des Länder ont ouvert 24 procédures pour espionnage, dont la moitié liées à des opérations cyber, et quelque 40 dossiers supplémentaires de cyberespionnage sont en cours d'investigation. Au total, 112 infractions liées à l'espionnage ont été comptabilisées, dont plus de 60 impliquant des prises de vue non autorisées de sites militaires ; dans 26 cas, les enquêteurs soupçonnent une activité d'agents en préparation d'actes de sabotage, avec les chiffres les plus élevés en Brandebourg (23), Rhénanie-du-Nord-Westphalie (21), Schleswig-Holstein (21) et Basse-Saxe (15). Plusieurs incidents récents sont mentionnés : en juillet en Bavière, l'interpellation d'un ressortissant moldave pour espionnage au drone d'un site du fabricant d'armement KNDS, possiblement sur instructions des services spéciaux russes ; le 9 août à Grossenkneten (Basse-Saxe), l'agression d'un gardien par deux individus masqués près d'une usine de traitement de gaz ; en juillet, un incendie sur la ligne ferroviaire Düsseldorf–Cologne traité comme un possible sabotage ; et le 4 août, la découverte d'un drone porteur d'explosifs près d'un avion de transport Antonov ukrainien à l'aéroport de Leipzig/Halle — trois drones au total ayant été retrouvés à proximité, un attentat que l'Allemagne impute officiellement à la Russie.
Là où les récits divergent
Les sources divergent sur les détails de l'incident du 9 août à Grossenkneten : un article indique que les deux individus masqués ont frappé la tête du gardien contre le capot de la voiture, tandis qu'un autre se contente de mentionner une agression suivie d'une fuite. La date d'ouverture du centre GAZ-Hybrid à Berlin est précisée dans un article (« mi-juin ») et absente d'un autre, qui présente simplement le document comme une note confidentielle du BKA. Enfin, la Une des articles varie légèrement : un article ukrainien, citant la SZ, met en avant « plus de 165 actes de sabotage suspectés », tandis qu'un autre ajoute à son titre « des centaines de drones suspects », reflétant un angle légèrement différent.
Contexte
Les chiffres s'appuient sur les premiers mois d'activité du Centre commun de défense contre les menaces hybrides (GAZ-Hybrid), ouvert à Berlin mi-juin. Plusieurs affaires antérieures sont citées comme contexte : l'arrestation en avril 2024 en Bavière de deux agents à double nationalité russo-allemande surveillant des bases américaines et préparant des attaques contre des routes de transport d'aide militaire à l'Ukraine, ainsi que l'incendie en juillet 2024 d'un colis au terminal cargo DHL de l'aéroport de Leipzig, attribué par les services de renseignement allemands à un sabotage russe. L'Allemagne tient officiellement la Russie pour responsable de la tentative d'attaque contre l'avion Antonov à l'aéroport de Leipzig/Halle. La note a été élaborée par le BKA et les chiffres principaux ont été publiés par la Süddeutsche Zeitung.