Trump-Poutine : un appel téléphonique au milieu de doutes sur la paix et d'échanges de frappes à longue portée
Le 8 septembre, Donald Trump a eu un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, présenté par le Kremlin comme « très constructif et franc ». Trump a déclaré que Poutine « veut conclure un accord » et évoqué la possibilité d'une rencontre trilatérale. En parallèle, Kiev a revendiqué une frappe à environ 2 800 km à l'intérieur de la Russie — la plus profonde depuis 2022 selon les forces ukrainiennes — tandis que des frappes russes ont fait au moins six morts et des dizaines de blessés dans plusieurs régions ukrainiennes. Le New York Times a par ailleurs rapporté un déficit budgétaire ukrainien de 27 milliards de dollars.
L'essentiel
- 8 septembre : Trump et Poutine ont eu un entretien téléphonique d'une heure ; le Kremlin le qualifie de « très constructif et franc ».
- Trump a déclaré que Poutine « veut conclure un accord » et a évoqué la possibilité d'une rencontre bilatérale ou trilatérale avec Zelensky.
- 9 septembre : le secrétaire d'État Marco Rubio a jugé réaliste l'élaboration, dans les prochaines semaines, d'un plan de reprise des négociations Ukraine-Russie.
- Une frappe de drone ukrainien a touché un site industriel de la région de Yamal, à environ 2 800 km de la frontière ; les forces spéciales ukrainiennes la présentent comme leur frappe la plus profonde depuis 2022.
- Des frappes russes ont fait au moins 6 morts et des dizaines de blessés à Kiev, Mykolaïv, Kramatorsk et Soumy.
- Le New York Times rapporte un déficit budgétaire ukrainien de 27 milliards de dollars pour l'année en cours, selon des propos de Zelensky à ses alliés.
- Les services de renseignement américains, ukrainiens et européens doutent de la sincérité de Poutine quant à une volonté de mettre fin au conflit.
Pourquoi c’est important
L'entretien Trump-Poutine du 8 septembre ouvre une fenêtre diplomatique étroite : le président américain dit croire que Poutine veut un accord et n'exclut pas une rencontre bilatérale ou trilatérale, ce que Zelensky avait déclaré « préliminairement convenu » par l'intermédiaire du porte-parole du MAE Heorhiy Tykhyi pour la deuxième quinzaine de septembre. Mais les services de renseignement des trois camps doutent de la sincérité de Poutine, et le déficit budgétaire de 27 milliards de dollars signalé par le New York Times menace, selon des responsables européens, de compliquer la relation de Kiev avec ses alliés au pire moment. À cela s'ajoutent des frappes ukrainiennes à 2 800 km à l'intérieur de la Russie et des bombardements russes meurtriers : la diplomatie avance sur un terrain militaire qui ne se tait pas.
Ce qui s’est passé
Le 8 septembre, Donald Trump et Vladimir Poutine ont eu une conversation téléphonique d'environ une heure. Trump l'a qualifiée d'« excellente » et a affirmé que Poutine « veut conclure un accord », ajoutant que « si Zelensky le veut aussi, ce serait très bien ». Il a dit s'être entretenu avec les deux dirigeants et s'est dit ouvert à des rencontres bilatérales ; une réunion trilatérale « pourrait avoir lieu », a-t-il ajouté, tout en évoquant un obstacle tenant surtout, selon lui, à deux personnes « qui se détestent ». Le Kremlin a parlé d'un échange « très constructif et franc » et indiqué que Poutine aurait dit n'avoir aucun « plan agressif » envers l'Europe. Le conseiller présidentiel russe Iouri Ouchakov a affirmé que Poutine avait livré à Trump une « analyse objective et détaillée » du champ de bataille. Le 9 septembre, le secrétaire d'État Marco Rubio a jugé possible d'élaborer dans les prochaines semaines un plan d'action pour relancer les négociations bilatérales Ukraine-Russie. Le porte-parole du MAE ukrainien, Heorhiy Tykhyi, avait annoncé le 8 septembre que la rencontre personnelle des présidents ukrainien et américain était « préliminairement convenue » et pourrait se tenir dans la seconde quinzaine de septembre. Dans la même période, l'ambassadeur ukrainien Sergiy Korsunsky a déclaré sur Radio NV que le dialogue avec les États-Unis devait se poursuivre malgré le désaccord ukrainien, et que la politique de l'administration Trump visait à préserver la majorité républicaine au Congrès et à gagner la prochaine présidentielle. Le New York Times a rapporté que Zelensky a dit à des alliés que Kiev faisait face à un déficit budgétaire supérieur aux prévisions et avait besoin de 27 milliards de dollars supplémentaires pour boucler l'année ; un responsable européen cité par le journal a déclaré : « Nous savons que l'Ukraine livre une bataille existentielle, mais nous ne nous attendions pas à un déficit de cette ampleur. » Des responsables européens ont également mis en doute l'usage efficace des fonds et averti que cette demande soudaine risquait de compliquer la relation de Kiev avec ses alliés. Le Kremlin n'a pas commenté une frappe ukrainienne par drone ayant provoqué un incendie sur un site industriel de la région de Yamal, à environ 2 800 km de la frontière, que le gouverneur Dmitri Artyukhov a située dans le secteur de Novy Urengoy et qui, selon les forces spéciales ukrainiennes, a touché deux installations de traitement de condensat de gaz — leur frappe la plus profonde depuis 2022. Le Kremlin n'a pas non plus commenté l'incident. La société ukrainienne Fire Point a affirmé que son drone avait parcouru plus de 3 300 km et atteint sa cible, une information contestée. En Ukraine, des frappes russes ont tué au moins 6 personnes et fait des dizaines de blessés : à Kiev, une femme a été tuée et trois habitants, dont des enfants, blessés par un drone de combat ; le maire Vitali Klitschko a porté à 16 le total des blessés dans la capitale sur la journée ; à Mykolaïv, au moins 2 morts et 12 blessés dans des attaques répétées visant des installations portuaires et des entrepôts alimentaires ; à Kramatorsk, au moins 9 blessés par des bombardements à glissades ; à Soumy, 3 morts et 14 blessés après qu'un drone a frappé le parking d'un centre commercial.
Ce qu’en disent les sources internationales
La seule source disponible, en arabe et d'origine qatarienne, présente l'événement comme l'entrelacement de trois fils placés sur un pied d'égalité : l'alignement politique revendiqué par Trump avec Poutine, une frappe ukrainienne par drone très loin à l'intérieur de la Russie et la poursuite des attaques russes sur des villes ukrainiennes. Elle intègre sans les hiérarchiser les doutes des responsables européens sur les intentions de Poutine et le déficit budgétaire ukrainien de 27 milliards de dollars.
Là où les récits divergent
Deux divergences principales ressortent des sources. Premièrement, sur la frappe de la région de Yamal : les forces spéciales ukrainiennes affirment avoir touché deux installations de traitement de condensat de gaz, la société Fire Point revendique un parcours de plus de 3 300 km, tandis que le gouverneur Dmitri Artyukhov ne signale qu'un incendie causé par des débris de drone, sans victimes, et que le Kremlin refuse de commenter. Deuxièmement, sur la sincérité de Poutine : Trump affirme que Poutine « veut conclure un accord », alors que des responsables des services de renseignement américains, ukrainiens et européens doutent qu'il souhaite réellement mettre fin à la guerre, qui dure depuis plus de quatre ans.
Contexte
Trois cycles antérieurs de négociations trilatérales Moscou-Washington-Kiev ont eu lieu, le plus récent à Genève en février. Fin août, le directeur de la CIA John Ratcliffe s'est rendu à Moscou pour rencontrer des responsables du renseignement russe et les encourager à mettre fin au conflit ; selon Axios, il aurait proposé une rencontre trilatérale Zelensky-Trump-Poutine. Kiev avait averti début septembre qu'elle intensifierait ses frappes à longue portée pour rendre l'espace aérien russe dangereux. Novy Urengoy, site de la frappe ukrainienne dans la région de Yamal, se trouve juste au sud du Cercle polaire et compte environ 100 000 habitants.