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L'Espagne ouvre une enquête pénale contre le blogueur pro-russe Anatoliy Shariy et son épouse

Les autorités espagnoles ont ouvert une procédure pénale contre le blogueur pro-russe Anatoliy Shariy et son épouse Olga Bondarenko, soupçonnés d'évasion fiscale, de blanchiment d'argent, de falsification de documents, de dissimulation d'avoirs et, selon la Guardia Civil, d'avoir pu travailler pour les services de renseignement russes contre l'Ukraine. L'enquête a été lancée à la suite d'une demande d'entraide judiciaire internationale émanant de l'Ukraine, mais elle est conduite indépendamment par les institutions espagnoles.

L'essentiel

  • Les suspects sont Anatoliy Shariy et son épouse Olga Bondarenko, résidents fiscaux en Espagne depuis 2016
  • Les infractions visées : évasion fiscale, blanchiment, falsification de documents et dissimulation d'avoirs
  • Le manque à gagner fiscal est estimé par les experts à environ 150 875 € pour 2018 et 387 646 € pour 2022, soit quelque 538 500 € au total
  • Un rapport de février 2026 évoque une amende potentielle d'environ 10,7 millions d'euros
  • La Guardia Civil a saisi téléphones, ordinateurs, un pistolet Glock 19, environ 800 000 € en cryptomonnaie, 20 lingots d'or (≈150 000 €), des œuvres d'art, montres et articles de luxe (≈400 000 €) ainsi qu'un Porsche Cayenne
  • La Guardia Civil envisage que les époux « pourraient être des espions travaillant pour le Kremlin » — qualifié de théorie d'enquête, pas de fait établi
  • En février 2021, le SBU ukrainien avait notifié à Shariy une suspicion de haute trahison pour des activités présumées au profit de structures russes depuis 2012

Pourquoi c’est important

Anatoliy Shariy est l'un des blogueurs pro-russes les plus influents de l'espace ukrainien. Le fait qu'un pays membre de l'Union européenne engage des poursuites pénales contre lui, en complément des investigations ukrainiennes, renforce la pression judiciaire autour d'un personnage accusé d'orchestrer, au profit de Moscou, des opérations d'information contre l'Ukraine. L'affaire illustre aussi comment les flux financiers transfrontaliers des relais d'influence russes peuvent être traqués via la coopération judiciaire internationale.

Ce qui s’est passé

Les autorités espagnoles ont ouvert un dossier pénal contre Anatoliy Shariy et Olga Bondarenko, soupçonnés d'évasion fiscale, de blanchiment d'argent, de falsification de documents et de dissimulation d'avoirs. La procédure fait suite à une demande d'entraide judiciaire internationale de l'Ukraine, mais elle est traitée de manière indépendante par la Guardia Civil, le parquet et l'administration fiscale espagnols.

Le dossier s'appuie notamment sur un rapport de la Guardia Civil daté du 12 juin 2025. Des experts fiscaux ont chiffré le manque à gagner à environ 150 875 € pour 2018 et 387 646 € pour 2022, soit quelque 538 500 € au total ; un rapport de février 2026 évoque une amende potentielle d'environ 10,7 millions d'euros. Les enquêteurs ont relevé pour 2019-2021 des avoirs en Lituanie et en Russie, des paiements P2P depuis la Russie et le Luxembourg, de la cryptomonnaie, des transferts depuis le Kazakhstan, ainsi que des revenus de plateformes en ligne.

Après avoir eu connaissance de l'enquête, Shariy et Bondarenko ont vendu leur principal bien en Espagne — une maison dans la province de Tarragone — et auraient réorienté une partie des fonds vers l'achat de bijoux et de métaux précieux pour entraver une éventuelle saisie. Lors d'une perquisition, la Guardia Civil a saisi téléphones, ordinateurs, un Glock 19, environ 800 000 € en cryptomonnaie, 20 lingots d'or d'une valeur d'environ 150 000 €, des œuvres d'art, montres et articles de luxe totalisant quelque 400 000 €, ainsi qu'un Porsche Cayenne ; un juge a ordonné la saisie des bijoux, métaux précieux, œuvres d'art et cryptomonnaies retrouvés.

L'affaire est instruite par un tribunal d'El Vendrell (Juge d'instruction n° 5), en lien avec le groupe d'information de la Guardia Civil à Tarragone. La Guardia Civil a adressé des demandes d'entraide judiciaire à la Lituanie, la Pologne, le Luxembourg, la France et l'Ukraine. La Guardia Civil examine la possibilité qu'une partie des fonds soit liée à des activités menées pour le compte des services de renseignement russes contre l'Ukraine — présenté comme une théorie d'enquête, non comme un fait établi par un tribunal. Un interrogatoire des époux en tant que mis en cause, prévu par visioconférence, a été reporté en raison de problèmes techniques.

Shariy et Bondarenko affirment que leurs revenus proviennent de YouTube, de contenus en ligne et de dons de sympathisants, et que les fonds présents sur des comptes russes sont le fruit d'une activité médiatique légale. Shariy qualifie l'enquête de politiquement motivée et initiée artificiellement par les autorités ukrainiennes ; Bondarenko évoque une pression sur son mari et présente le volet fiscal comme un simple différend sur les calculs qu'ils sont prêts à régler. En février 2021, le SBU ukrainien avait notifié à Shariy une suspicion de haute trahison, l'accusant d'avoir, depuis 2012, aidé des structures russes — étatiques et non étatiques — à mener des opérations d'information contre l'Ukraine, ce que Shariy conteste.

Contexte

En février 2021, le Service de sécurité d'Ukraine (SBU) a notifié à Anatoliy Shariy une suspicion de haute trahison. Selon les enquêteurs ukrainiens, il aurait, depuis 2012, aidé des structures étatiques et non étatiques russes à mener des opérations d'information contre l'Ukraine — accusations qu'il rejette. En mai 2022, Shariy a été détenu en Espagne. En 2021, un tribunal ukrainien a saisi des biens immobiliers en Espagne liés à Shariy ainsi que des comptes bancaires dans l'UE et en Russie, dont une villa à Tarragone et des comptes à CaixaBank (Espagne), Raiffeisen Bank (Russie) et East-West United Bank (Luxembourg).