L'Allemagne accuse la Russie d'une tentative d'attentat au drone contre un avion cargo ukrainien à Leipzig
Dans la nuit du 5 août, un drone chargé d'environ 1,8 kg de Semtex a frappé l'aile d'un An-124 ukrainien stationné à l'aéroport de Leipzig/Halle, sans toutefois exploser. Une enquête conjointe de The Telegraph et de Welt am Sonntag a identifié le motard russe Oleg Levushkin comme l'organisateur présumé de l'attaque, confiée selon les enquêteurs allemands à l'agent biélorusse Andreï Karchakov. Le 1er septembre, le gouvernement allemand a officiellement accusé la Russie d'être à l'origine de cette opération, attribuée par les services de renseignement allemands à l'unité 29155 du GRU.
L'essentiel
- 5 août, aéroport de Leipzig/Halle : un drone avec 1,8 kg de Semtex frappe l'aile d'un An-124 ukrainien sans détoner
- L'avion, exploité par Antonov, contenait environ 25 000 litres de kérosène ; aucun blessé, selon le MAE ukrainien
- L'enquête conjointe de The Telegraph et Welt am Sonntag identifie le motard russe Oleg Levushkin comme l'organisateur présumé
- L'agent biélorusse Andreï Karchakov est soupçonné par les enquêteurs allemands d'avoir exécuté l'attaque
- Le Semtex aurait été acheminé en Allemagne via la Bulgarie et la Serbie, caché dans des cavités de camions
- Le 1er septembre, l'Allemagne a officiellement accusé la Russie et annoncé des mesures de riposte, dont la fermeture du consulat général russe à Bonn
- Depuis début 2026, l'Allemagne a enregistré plus de 165 cas présumés de sabotage et des centaines d'incidents avec des drones suspects près de sites militaires et d'infrastructures critiques
Pourquoi c’est important
L'attentat manqué à Leipzig vise un aéronef ukrainien basé depuis 2022 sur l'un des principaux hubs logistiques de l'aide militaire occidentale à destination de l'Ukraine. En accusant officiellement la Russie, Berlin franchit un pas diplomatique majeur et justifie de nouvelles mesures antiterroristes, dont la défense antidrones, la protection des infrastructures critiques et la fermeture du consulat général russe à Bonn. L'affaire révèle aussi qu'un suspect connu pour ses liens avec le GRU est entré en Allemagne sans être placé sous surveillance, alors que plus de 165 cas présumés de sabotage ont déjà été enregistrés dans le pays depuis le début de 2026.
Ce qui s’est passé
Dans la nuit du 5 août, un drone équipé d'un détonateur et d'environ 1,8 kg de Semtex a heurté l'aile d'un An-124 ukrainien stationné à l'aéroport de Leipzig/Halle, rebondi et est tombé sur la piste sans exploser. L'appareil, exploité par la compagnie Antonov et contenant environ 25 000 litres de kérosène, n'a pas été endommagé et personne n'a été blessé, selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères. Selon les enquêteurs et une enquête conjointe de The Telegraph et Welt am Sonntag, le motard russe Oleg Levushkin, arrivé en Allemagne via la Turquie, est considéré comme l'organisateur de l'attaque ; il aurait loué une voiture à l'aéroport de Berlin environ une semaine avant les faits, le 31 juillet, puis effectué une reconnaissance à Leipzig. L'exécution est attribuée à l'agent biélorusse Andreï Karchakov, qui aurait été recruté pour ce rôle. Le Semtex aurait été acheminé via la Bulgarie et la Serbie, caché dans des cavités de camions. La police a également retrouvé les débris de deux autres drones et une antenne artisanale scotchée à un arbre voisin, qui aurait servi de relais de signal. Le 1er septembre, le gouvernement allemand a officiellement accusé la Russie d'être à l'origine de cette opération, qu'il attribue à l'unité 29155 du GRU, et a annoncé un train de mesures de riposte, dont la fermeture du consulat général russe à Bonn. Le 7 août, le ministère allemand de l'Intérieur avait nié que l'avion ukrainien transportât des munitions militaires, contrairement à ce qu'avaient rapporté des médias allemands.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
La presse ukrainienne, qui relaie l'enquête de The Telegraph et de Welt am Sonntag, met l'accent sur la cible : un appareil Antonov ukrainien stationné à Leipzig/Halle, point névralgique de la logistique de l'aide occidentale. Les médias ukrainiens insistent sur l'implication du GRU et de son unité 29155, et présentent la multiplication des incidents suspects en Allemagne depuis le début de 2026 comme la preuve d'une stratégie russe de sabotage visant à fragiliser le soutien à Kyiv. Ils reprennent aussi la position du MAE ukrainien, qui souligne l'absence de victimes et de dégâts sur les avions Antonov.
Ce qu’en disent les sources internationales
La couverture se limite aux synthèses ukrainiennes de reportages étrangers (The Telegraph, Welt am Sonntag, Süddeutsche Zeitung, Die Zeit). Ces sources étrangères mettraient l'accent sur la sécurité intérieure allemande, l'échec de la surveillance des suspects connus des services et l'avertissement d'un haut responsable du renseignement allemand qualifiant l'Allemagne de « théâtre d'opérations » pour les services russes. Elles mettraient aussi en avant l'objectif stratégique russe : donner aux Européens le sentiment que le soutien à l'Ukraine est risqué, plutôt que de s'attarder sur l'appareil visé ou d'éventuelles victimes ukrainiennes.
Là où les récits divergent
Les sources divergent sur la nationalité d'Oleg Levushkin : un média le décrit comme citoyen russe, un autre comme citoyen russe titulaire d'un passeport letton, un troisième comme Letton né en Russie, et un quatrième comme ressortissant biélorosse détenteur d'un passeport russe.
Les sources divergent aussi sur les circonstances de la chute du drone : la police allemande estime possible qu'un chauffeur de bus en tournée de service l'ait fait tomber, tandis qu'une autre version rapporte qu'il l'a simplement retourné après l'avoir trouvé au sol.
Le 7 août, le ministère allemand de l'Intérieur a nié que l'avion ukrainien contînt des munitions militaires, alors que des médias allemands avaient auparavant affirmé la présence d'armes à bord.
Contexte
L'aéroport de Leipzig/Halle accueille des appareils Antonov ukrainiens depuis 2022 et constitue un hub cargo essentiel pour acheminer l'aide occidentale à l'Ukraine. L'unité 29155 du GRU est identifiée par le renseignement allemand comme le principal bras des opérations de sabotage ordonnées par le Kremlin en Europe. Denis Smolianinov, présenté comme le principal organisateur des attentats à l'explosif russes sur le continent, fait l'objet de sanctions du Foreign Office britannique et est décrit dans un rapport du renseignement lituanien de décembre 2025 comme chef du département « Ukraine » au sein du GRU.