L'envoyé de Trump propose un échange : prisonniers politiques russes contre levée des sanctions
John Coale, émissaire spécial du président américain Donald Trump, propose une stratégie consistant à obtenir la libération de prisonniers politiques russes en échange d'un assouplissement des sanctions américaines et du rétablissement de liens économiques avec Moscou. Cette approche s'inspire du modèle utilisé précédemment par Coale en Biélorussie. Le président Trump soutient ce plan, que l'Ukraine rejette fermement.
L'essentiel
- John Coale, envoyé spécial de Donald Trump, propose de lier la libération des prisonniers politiques russes à un assouplissement des sanctions américaines et à la reprise des relations économiques avec Moscou.
- Le président Trump soutient cette stratégie, rapporte The Atlantic.
- Le modèle reprend l'approche utilisée par Coale en Biélorussie, où environ 500 prisonniers politiques ont été libérés avant un allègement des sanctions et l'ouverture de négociations sur le potassium biélorusse.
- Le 28 septembre, la Maison-Blanche a nommé Coale au poste d'envoyé spécial présidentiel pour les affaires d'otages, au rang d'ambassadeur, sous réserve de confirmation du Sénat.
- Le Volodymyr Zelensky ukrainien a déclaré qu'il s'opposerait à toute levée des sanctions contre la Russie tant que la guerre durerait.
- Le plan prévoit aussi de vastes accords commerciaux avec la Russie — pétrole, diesel, terres rares — que Jared Kushner qualifie de « accords de prospérité ».
- Les critiques craignent qu'un tel échange n'encourage les régimes autoritaires à prendre de nouveaux otages.
Pourquoi c’est important
Cette proposition, si elle est mise en œuvre, marquerait un tournant dans la politique américaine en conditionnant l'allègement des sanctions à des gestes russes, alors que la guerre en Ukraine se poursuit. L'Ukraine, dont l'économie et la sécurité dépendent fortement du maintien des sanctions, rejette cette approche et craint qu'elle ne renforce les capacités militaires russes plutôt que de garantir sa sécurité. Le plan soulève aussi une inquiétude plus large : lier la libération de prisonniers à la levée des sanctions pourrait inciter d'autres régimes autoritaires à recourir à la prise d'otages.
Ce qui s’est passé
John Coale, émissaire spécial du président américain Donald Trump, a proposé une nouvelle stratégie envers la Russie : obtenir la libération de prisonniers politiques russes en échange d'un assouplissement des sanctions américaines et du rétablissement de liens économiques avec Moscou. Le président Trump a approuvé cette idée, d'abord rapportée par The Atlantic dans un article de Simon Shuster publié le 29 septembre.
Le modèle s'inspire directement de ce que Coale a conduit en Biélorussie : après la libération d'environ 500 prisonniers politiques, les États-Unis ont assoupli leurs sanctions et ouvert des négociations sur l'achat de potasse biélorusse. Selon la proposition, les accords potentiels avec la Russie incluraient le pétrole, le diesel, les terres rares et d'autres matières premières, que Jared Kushner décrit comme des « accords de prospérité ».
Le 28 septembre, la Maison-Blanche a officiellement nommé Coale au poste d'envoyé spécial présidentiel pour les affaires d'otages, au rang d'ambassadeur — un poste soumis à la confirmation du Sénat. Coale prévoit de coordonner ses efforts avec Steve Witkoff, le principal interlocuteur de Trump sur les relations avec Moscou. Le Kremlin aurait déjà tenté d'« appâter » Washington avec des projets conjoints sur les terres rares, l'aluminium, l'Arctique et la vente de gaz naturel russe à l'Europe.
En parallèle, les États-Unis négocient un cessez-le-feu limité, incluant les frappes contre les infrastructures énergétiques et la navigation en mer Noire, tandis que la Russie poursuit ses attaques contre l'Ukraine.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
Les cinq sources ukrainiennes présentent largement ce plan avec scepticisme, voire hostilité. Le président Volodymyr Zelensky a publiquement déclaré qu'il s'opposerait à toute levée des sanctions tant que la guerre durerait, estimant que chaque dollar de revenu russe supplémentaire se traduit par davantage de ressources pour la guerre. Les négociateurs ukrainiens jugent l'approche américaine risquée : le commerce occidental avec la Russie pourrait renforcer l'armée de Poutine sans offrir de garantie de sécurité à l'Ukraine. Les articles insistent aussi sur la condamnation, par Kiev, de l'assouplissement temporaire des restrictions sur les carburants décidé plus tôt cette année par Washington, et appellent l'Occident à renforcer les sanctions plutôt qu'à les affaiblir.
Là où les récits divergent
Les sources ne s'accordent pas sur le nombre exact de prisonniers politiques biélorusses libérés dans le cadre de l'approche de Coale : un article évoque « des centaines », un autre précise « environ 500 », et un troisième mentionne « des dizaines ».
Contexte
Coale avait déjà appliqué un modèle comparable en Biélorussie, où l'approche américaine avait contribué à la libération d'environ 500 prisonniers politiques, suivie d'un allègement des sanctions et de négociations sur les importations de potasse biélorusse. La proposition actuelle serait née d'une rencontre au printemps entre Coale et le dissident russe, prix Nobel de la paix, Dmitri Mouratov, cofondateur de Novaïa Gazeta, qui a suggéré d'appliquer à Moscou l'approche utilisée à Minsk.
Depuis 2014, les États-Unis et l'Europe ont imposé des sanctions aux élites, banques, industries et secteurs énergétiques russes, sources de financement de la guerre. Trump a déjà temporairement assoupli certaines restrictions cette année, permettant à la Russie d'accroître ses ventes de carburant sur le marché mondial — une décision condamnée par l'Ukraine. Coale a par ailleurs été nommé lundi au poste d'envoyé spécial présidentiel pour les affaires d'otages et prévoit de coordonner ses actions avec Steve Witkoff, principal interlocuteur de Trump sur le dossier russe.