L'opération «Vivaldi»: 125 km² repris dans le nord du Donetsk grâce à une offensive ukrainienne secrète
L'armée ukrainienne a achevé les deux étapes de l'opération «Vivaldi», une offensive menée depuis mai par le 3e corps d'armée près de Lyman, dans le nord de l'oblast de Donetsk. Selon le commandant Andrii Biletsky et les analystes de DeepState, 125 km² ont été repris, dont 50 km² entièrement déoccupés, sous un strict silence informationnel qui a laissé le commandement russe dans l'ignorance jusqu'à la mi-septembre.
L'essentiel
- Le 3e corps d'armée ukrainien a mené l'opération «Vivaldi» depuis mai sous régime OPSEC et silence informationnel, jusqu'à sa révélation publique le 15 septembre par son commandant Andrii Biletsky.
- Sur les deux étapes, 125 km² ont été repris, dont 50 km² entièrement déoccupés, avec la libération de Novossélivka, Oleksandrivka, Iarova, Serednie, Drobysheve, Derylove et Chandrigholove.
- Les pertes russes citées par les forces ukrainiennes atteignent environ 1 500 soldats après la première étape et 3 000 au total, plus de 12 000 drones et des centaines de blindés et de pièces d'artillerie.
- L'unité d'élite russe de drones «Roubikon» a été retirée de la direction Lyman-Borova en raison de pertes élevées, selon le 3e corps d'armée.
- Le 3e corps a également été le premier au monde à employer des robots terrestres (NRK) pour le déminage et l'appui d'assaut, dégageant 30 km de routes en deux nuits près de Chandrigholove.
- Selon l'ISW, «Vivaldi» a fait échouer les tentatives russes d'encercler la «ceinture de villes-forteresses» ukrainiennes du Donbass.
- Le 22 septembre, le ministère russe de la Défense a affirmé avoir encerclé Dobropillia, affirmation réfutée par l'ISW, faute de preuves; DeepState signale au contraire des gains ukrainiens près de Toretske.
Pourquoi c’est important
L'opération «Vivaldi» est présentée par la presse ukrainienne comme l'une des plus importantes offensives réussies des forces de défense en 2025-2026: 125 km² repris, dont 50 km² totalement déoccupés, dans le nord de l'oblast de Donetsk, au prix d'un silence informationnel complet qui a tenu le commandement russe dans l'ignorance jusqu'à la mi-septembre. Selon l'ISW, elle a fait échouer les plans russes visant à encercler la «ceinture de villes-forteresses» du Donbass et stoppé l'offensive de la «griffe nord». Le retrait de l'unité d'élite «Roubikon» et la première utilisation au monde de robots terrestres (NRK) pour le déminage et l'appui d'assaut font de «Vivaldi» un jalon dans la doctrine ukrainienne des drones et de la robotique au combat.
Ce qui s’est passé
Le 3e corps d'armée ukrainien, commandé par Andrii Biletsky, a mené depuis mai l'opération «Vivaldi», une offensive dans le nord de l'oblast de Donetsk près de Lyman, sous régime OPSEC: silence informationnel, masquage, diversion. Au début de l'opération, le 3e corps a demandé aux analystes OSINT occidentaux, dont @moklasen et le cartographe français Clément Molin, de cesser de publier les géolocalisations du secteur; les analystes ont accepté. Le 15 septembre, Biletsky a publiquement confirmé l'offensive et lui a donné son nom. À ce stade, 75 km² avaient été «nettoyés» et 10 km² entièrement déoccupés. Le 20 septembre, le 3e corps a confirmé la déoccupation de Chandrigholove et Derylove ainsi que le contrôle total sur Drobysheve, ajoutant 40 km². Au total, 125 km² ont été repris sur les deux étapes, dont 50 km² totalement déoccupés; les localités libérées incluent Novossélivka, Oleksandrivka, Iarova, Serednie, Drobysheve, Derylove et Chandrigholove. Les forces ukrainiennes y ont coupé les routes logistiques russes et contraint l'occupant à déplacer son ravitaillement en carburant hors d'Ukraine. Le 18 septembre, l'unité d'élite russe de drones «Roubikon» a été retirée de la direction Lyman-Borova en raison de pertes lourdes. L'ISW a estimé que «Vivaldi» avait fait échouer les tentatives russes d'encercler la «ceinture de villes-forteresses» ukrainiennes du Donbass. Parallèlement, dans une opération distincte débutée début août, des unités du 1er corps de la Garde nationale «Azov» (brigade Azov 12e, détachement Touman, bataillon Chkval du 425e régiment d'assaut «Skelia», appuyés par le groupe Lasar) ont nettoyé le secteur de forces russes qui s'y accumulaient depuis l'été, faisant échouer une tentative russe d'atteindre les routes logistiques en vue d'encercler Droujkivka et de frapper en direction de Dobropillia: pertes russes totales de 237 personnes (193 tués, 44 blessés, 3 capturés), selon Azov. Le 22 septembre, le ministère russe de la Défense a affirmé que les unités du groupement «Centre» avaient encerclé Dobropillia et progressaient vers Oleksandrivka, sans carte ni preuve à l'appui; l'ISW a réfuté cette affirmation. Les analystes de DeepState ont au contraire signalé que les défenseurs ukrainiens avaient nettoyé des positions près de Toretske sur la direction de Dobropillia et repris le contrôle d'une zone près de Zapadne sur la direction de Koupiansk. De petites unités d'infanterie russes ont pris le village de Markove et progressé près de Fedorivka sur la direction de Kramatorsk.
Ce qu’en disent les sources ukrainiennes
La presse ukrainienne fait du 3e corps d'armée et de son commandant Andrii Biletsky le centre de la narration, présentant «Vivaldi» comme une offensive aboutie, préparée de longue date, qui a surpassé les forces russes et constitue un jalon dans la guerre des drones et de la robotique ukrainienne. Les reportages insistent sur le silence informationnel et l'OPSEC, notamment la demande aux analystes OSINT occidentaux de cesser la publication de géolocalisations, ainsi que sur le fait que le commandement et les milbloggers russes ont été pris au dépourvu. L'analyste de DeepState Roman Pohorily apporte le contexte analytique, qualifiant les efforts russes sur la direction de Lyman de «multipliés par zéro» et avertissant d'une pression continue sur Mykolaïvka au sud de Lyman. Les sources ukrainiennes opposent les évaluations de l'ISW et de DeepState sur les pertes et les revers russes à l'annonce du ministère russe de la Défense du 22 septembre sur l'encerclement de Dobropillia, démentie par l'ISW. La couverture de l'opération parallèle d'Azov souligne sa capacité à faire échouer une tentative russe d'encerclement de Droujkivka et de percée vers Dobropillia, et crédite nommément les unités engagées (12e brigade Azov, Touman, Chkval, groupe Lasar). Plusieurs articles mettent en avant les innovations, comme le premier déploiement au combat de robots terrestres (NRK) pour le déminage et la tactique des «doubles sous couverture de drone», empruntée à la pratique russe.
Là où les récits divergent
Le ministère russe de la Défense a affirmé le 22 septembre que des unités de son groupement «Centre» avaient encerclé Dobropillia et progressaient vers Oleksandrivka, sans fournir de cartes ni d'autres preuves. L'Institute for the Study of War a réfuté cette affirmation, et les analystes de DeepState ont au contraire signalé que les défenseurs ukrainiens avaient nettoyé des zones près de Toretske sur la direction de Dobropillia.
Contexte
L'avancée ukrainienne sur la direction de Lyman est en cours depuis mai 2025, mais elle est restée hors de la couverture publique jusqu'au 15 septembre, lorsque le commandant du 3e corps d'armée, Andrii Biletsky, a confirmé l'offensive et l'a baptisée opération «Vivaldi». Le 3e corps avait passé plus de six mois avant «Vivaldi» à stabiliser le front de Borova à Lyman, à restructurer le commandement, le personnel, le renseignement, les drones et la logistique. Au début de «Vivaldi», le 3e corps a demandé aux analystes OSINT occidentaux (notamment @moklasen et Clément Molin) de cesser de publier les géolocalisations des avancées ukrainiennes; les analystes ont accepté, et le cartographe français Clément Molin a détecté les premiers signes de combat sur le saillant de Lyman via l'imagerie satellite fin mai. Les milbloggers russes comme Rybar et Anatoli Radov republieraient largement les contenus OSINT occidentaux et seraient lus par le ministère russe de la Défense, un schéma qui aurait contribué à ce que le commandement russe ne remarque pas la progression de l'opération. Le 1er septembre, la Russie a publiquement affirmé avoir «pris» Sviatohirsk alors que, selon les sources ukrainiennes, son état-major général et Vladimir Poutine ignoraient l'opération près de Lyman. Après avoir été stoppés au nord de Lyman, les forces russes ont redéployé des troupes au sud de Lyman et commencé à presser sur Mykolaïvka, que l'analyste de DeepState Roman Pohorily décrit comme un point fort clé avant Sloviansk.